Impuissant ou vérolé : écrire la défaillance masculine dans la poésie française à la première personne (xive-xvie siècle)

  • Impotent or Syphilitic: Writing Male Dysfunction in French First-Person Poetry (14th-16th century)

DOI : 10.58335/eclats.350

Abstracts

Cet article examine la question de la santé sexuelle masculine dans des formes poétiques à la première personne composées entre la seconde moitié du xive siècle et le xvie siècle. Si le découpage séculaire des études littéraires empêche souvent de considérer ces corpus ensemble, la présente étude compare les textes sur l’impuissance et ceux sur la maladie vénérienne appelée la grosse vérole ou la syphilis et observe la proximité des discours en matière de défaillances masculines. L’article révèle ainsi comment la posture du mâle infirme permet aux poètes d’afficher une verve inventive qui, à l’inverse de la langue plus sérieuse des médecins, parvient à amuser et prévenir une communauté masculine clairement ciblée comme public de prédilection de ces poèmes obscènes et volontiers misogynes.

This article examines the issue of male sexual health in first-person poems written between the second half of the 14th century and the 16th century. While the usual chronological division of literary studies often prevents these texts from being considered together, the study compares literary texts on impotence with those on the venereal disease known as the great pox or syphilis, and examines the proximities of these discourses on male failures. The article thus reveals how the ethos of the disabled male allows the poets to display an inventive eloquence which, contrary to the more serious language of physicians, manages to amuse and warn a male community clearly targeted as the audience of these obscene and misogynistic poems.

Outline

Author's notes

Camille Brouzes est docteure et ATER en littérature médiévale à l’Université de Rouen. Sa thèse s’intitule « De viel porte voix et le ton » : corps et masques du vieillissement dans la poésie en français des xivet xve siècles.

Jérôme Laubner est maître de conférences à l’Université Paul Valéry – Montpellier 3. Docteur en littérature française du xvie siècle, il est l’auteur d’un ouvrage, paru aux éditions Droz, intitulé Vénus malade. Représentations de la vérole et des vérolés dans les discours littéraires et médicaux en France (1495-1633).

Text

Introduction

Depuis plusieurs décennies, les études sur les masculinités des siècles anciens sont florissantes et témoignent plus largement d’un intérêt pour les diverses configurations historiques du genre masculin1. Toutefois, pour les périodes dites médiévale et renaissante, leur articulation avec l’histoire de la médecine et les questions de santé demeure un champ en attente de plus amples investigations, tout particulièrement dans le domaine des représentations littéraires.

C’est cette lacune que nous voudrions partiellement combler en comparant deux ensembles de poèmes en français composés à la première personne au sujet de deux défaillances de l’appareil génital masculin : le corpus sur l’impuissance chez des poètes écrivant entre le xive siècle et le xve siècle et le corpus sur la vérole, maladie vénérienne jugée nouvelle, se diffusant en Europe à la fin du xve siècle à la faveur des premières guerres d’Italie2. La mise en regard de ces deux affections du sexe masculin a pour vertu de reconsidérer les périodisations traditionnelles, que ce soit dans le domaine littéraire, où les textes médiévaux sont fréquemment séparés des productions ultérieures, ou dans les études historiques, tendant à distinguer les masculinités médiévales et renaissantes, ces dernières étant supposément marquées par un gain de civilité qui place la période antérieure du côté d’une virilité plus fruste3. Or, loin de faire apparaître de nettes ruptures, la comparaison entre ces textes dessine de nombreux points de convergence. Les étudier conjointement permet alors de se montrer plus sensible aux phénomènes de persistances autant qu’aux infléchissements qui se tissent entre les siècles et les discours.

L’intérêt de ce corpus tient en outre au fait qu’il met en lumière les mutations caractéristiques du genre poétique de la période : le discours sur soi, ouvert aux circonstances matérielles et à la temporalité, donne désormais corps aux poètes de manière plus instanciée4. Parce qu’ils impliquent un discours sur la sexualité et donnent à voir un corps obscène, bien des textes étudiés s’ancrent dans le genre spécifique de la poésie grivoise que pratiquaient déjà les troubadours et les trouvères5. Leur propos sur la vérole ou l’impuissance doit donc négocier avec les codes de représentation de la masculinité propres au registre leste.

S’il va de soi que des différences existent entre le dysfonctionnement érectile et les symptômes du mal vénérien, le corps du locuteur affaibli dans sa virilité sert dans les deux cas à diffuser des représentations et des savoirs sur la santé, et notamment la santé sexuelle. Transmises par l’intermédiaire d’une voix singulière et adossées à une expérience présentée comme personnelle, ces connaissances sur les dysfonctionnements virils imputables à l’âge ou à la contagion vénérienne constituent aussi des commentaires sur les déboires des affaires charnelles. Elles sont en cela le reflet des ambitions d’un genre poétique qui, à partir du xiiie siècle, se charge de diffuser un savoir pratique par le corps. Pour autant, arborer une posture défaillante ne revient pas, pour les poètes, à cantonner leur propos à une énumération didactique de préceptes sanitaires. On voudrait interroger le statut particulier de ces poèmes lestes, évoquant une sexualité compromise par la maladie, et la manière dont ils se définissent par rapport aux discours médicaux de la période. À rebours des objectifs curatifs propres aux écrits des médecins, les poèmes étudiés n’envisagent aucune sortie de l’état d’impuissant ou de vérolé. De fait, l’intérêt de cette production obscène se joue ailleurs tant les locuteurs peuvent paradoxalement tirer profit de leur ethos de mâle insuffisant6. La facture légère des textes crée non seulement de puissants contrastes avec la langue sérieuse des thérapeutes mais elle révèle aussi que la dépréciation de sa propre performance de genre peut aller de pair, pour le locuteur, avec une célébration de sa performance poétique. C’est cette forme particulière d’appropriation par le « je » poétique des discours sur les maux de la verge que nous voudrions étudier en soulignant combien l’impuissance et la vérole questionnent le rapport à soi, à son genre, à la médecine et à son art.

Le topos d’un corps masculin déficient

L’impuissance et la vérole se présentent en poésie comme des affections qui touchent la santé ordinaire du corps masculin, produisent des modifications de son état général et grèvent ses capacités. Du xive au xvie siècle, les poètes relatent à travers ces maux une diminution de leurs forces : « Je ne puis plus aller ne chevauchier : / Les rains me font mal, aussi fait le dos », lit-on dans une ballade du xve siècle. Le « je » poétique se montre soucieux de préserver désormais son repos en renonçant aux ébats dont il était capable plus jeune – « Et a ma fin pour ma santé eslis / Mol lit, blans draps, et parfonde escuelle7 ». Dans un rondeau anonyme du premier xvie siècle, le locuteur vérolé perd, pour sa part, ses capacités motrices :

Je ne puis plus troter ne çà ne là
Trop mieulx suis pris qu’ung rat dans la ratiere
Pour avoir fait un tantinet cela
Il me convient tenir sur la lictiere8.

Condamnés à l’immobilité induite par leurs maux ou leurs cures, les impuissants et les vérolés trouvent refuge dans leur lit. Ce dernier ne correspond plus guère à un espace érotique mais devient le lieu d’un repos obligatoire et d’un renoncement à toute forme de mobilité pourtant caractéristique de l’appréhension masculine de l’espace.

Les deux affections apportent avec elles un cortège de maladies : elles apparaissent rarement seules, les poètes les associant à d’autres maux que les excès érotiques de leur jeunesse ont pu causer. « Cheveulx me cheent et la goute me prent9 », se lamente un poète anonyme impuissant du xve siècle et un vieil homme d’armes de Jean Molinet lie dysfonctionnement érectile et troubles de l’équilibre :

Mon flaïollet ne vault plus riens
Et mon bedon ne voeult plus tendre ;
Au pot et au hanap me tiens,
A grand peine je me soustiens
Sus mes pattes, pour moy estendre10.

Se présentant sous les traits d’un poète pauvre et vérolé11, Jean Leblond constate lui aussi, dans l’épître qu’il adresse à Cupidon, que les maux des vérolés ne se cantonnent pas à la sphère génitale. Les hommes au sexe infecté sont également

Gens fousdroyez portantz palles museaulx
Deffigurez, tristes, et abolyz [détruits]
Plains de duvet, couvertz de plume à lictz
Longue barbe, cheveulx meslez sans ordre
Monstrant leurs dens comme s’ils vouloyent mordre
Cicatricez, confuz, mal ordonnez,
Borgnes, boyteuz, sourdautz, parlant du nez
Grosses jambes de maulvayses substances
Bien equipez de bastons et potences12.

En même temps qu’elle hérite de l’écriture énumérative qu’on trouve dans les autoportraits d’un Eustache Deschamps vieillissant13, la liste effrayante des défaillances corporelles induites par la vérole rappelle combien les médecins de la Renaissance peinent à circonscrire clairement la nouvelle affection vénérienne dont la symptomatologie labyrinthique inquiète autant qu’elle déroute14. Les déficiences de l’impuissant et du vérolé se manifestent donc à l’échelle du corps tout entier, les atteintes de la verge déstabilisant la constitution physique virile dans son ensemble.

La précision des affections désignées contraste avec les modalités d’évocation du membre malade. Il est rare que les textes nomment directement le sexe défaillant : le régime ordinaire des poètes est bien souvent celui des détours du langage métaphorique. Ils déplorent par l’image la perte de la puissance érotique virile là où les textes médicaux adoptent la précision désinvestie de la virga, des testiculis ou du coitus et se préoccupent pour l’essentiel de rétablir la capacité de procréer. « Instrumenta autem generationis in masculo sunt testiculi et virga », établit ainsi sobrement le médecin montpelliérain Bernard de Gordon au début du chapitre de son célèbre traité médical qui aborde les déficiences sexuelles15. Plus colorée, la langue vernaculaire présente l’organe affaibli comme un « courtaut », un cheval fatigué ou une lance qui ploie. L’image n’a pas tant vocation à nimber pudiquement une réalité crue qu’à ancrer ces textes dans une veine licencieuse, puisqu’ils empruntent les métaphores les plus convenues de l’obscénité sexuelle : le registre du combat guerrier ou l’assimilation du membre à un cheval relèvent d’une topique ancienne. La défaillance a cependant l’intérêt d’inverser ces images attendues pour en renverser le propos et de représenter de manière cette fois figurée l’infirmité : les maux influent donc sur le registre d’images. Alors que les métaphores guerrières et équestres suggèrent traditionnellement le triomphe érotique, les défauts de la santé sexuelle mettent en doute la virilité. Le vieil impuissant est un soldat vidé de ses forces : « As tu encor en armes poesté ? », demande une vieille harcelant sexuellement un vieillard dans un dialogue comique de Deschamps. Le « bourdon aceré » du vieil homme est désormais « tristes et mas16 ». L’image du combat dit le fiasco érotique : le domaine guerrier, lieu par excellence de la force physique masculine, sert à évoquer plus concrètement un corps en déroute. Dans l’« Epistre pour le Capitaine Raisin » de son Adolescence clémentine, Clément Marot indique, pour sa part, qu’à cause de la vérole bien des « courtaut[s] » sont mis « hors d’alaine17 ». Si l’impuissance ou la vérole correspondent à une atteinte faite aux capacités motrices masculines, le registre métaphorique exploité par les poètes permet de souligner combien la verge, représentée sous les traits d’une monture ou d’un cheval, perd, elle aussi, ses capacités de déplacement. La porosité des images se perçoit d’autant mieux qu’une continuité existe entre le sexe et l’homme, tous deux devant renoncer à leurs capacités motrices. L’infirmité contribue donc à nourrir les métaphores licencieuses traditionnelles en les remotivant.

La dévirilisation du vérolé est encore plus nette dans les images choisies par les poètes du xvie siècle, qui placent le corps malade dans le domaine métaphorique du féminin : le « je » infecté est contraint de « faire la poulle18 » chez Marot tandis que, chez Jean Leblond, le malade se change en femme : « Dame d’honneur ma dame la verole / […] me contrainct au coing du feu filler19 ». Le vérolé maniant la quenouille rappelle Hercule contraint de filer chez Omphale, qui revêt, pour sa part, la peau du lion de Némée20. Les maux du sexe dessinent donc des corps perclus de douleurs et plus tout à fait virils, ou marginaux par rapport aux codes traditionnels de la virilité car ayant perdu (totalement ou partiellement) des traits saillants de la masculinité. Contrairement aux textes médicaux qui nomment les maux et proposent une cure, le langage imagé retenu dans cette littérature grivoise fait le choix d’un lexique figuré pour évoquer sur le mode comique une affection honteuse21. En présentant une défaillance qui affecte fortement l’image du sujet lyrique masculin, ces infirmités sexuelles forment de fait le point d’appui d’une rhétorique inventive.

Rhétorique prosthétique : la verve à la rescousse de la verge

Face à des maux qui mettent en péril leur virilité, les auteurs font du verbe poétique une prothèse contre les défaillances. Leurs textes font montre d’un soin tout particulier dans leur organisation ou dans la richesse lexicale qu’ils déploient : l’invention formelle fait ainsi office de « potence », de béquille qui leur permet de confesser une faiblesse avec virtuosité. Ils y sont, du reste, amenés par l’adoption, à partir de la fin du Moyen Âge, d’une poésie des formes dites fixes, brèves et codées dans leur nombre de vers comme dans leurs rimes, qui encourage aux jeux formels. Eustache Deschamps, concepteur au xive siècle du premier art poétique en français, sait jouer de la forme de la ballade pour mettre malicieusement en valeur l’exposition de son membre fatigué :

Des guerres, des mortalitez,
Du mal de non argent avoir,
D’estre en pluseurs lieux endebtez
Et qu’om n’a de paier pouoir,
Du tempest de gens esmouvoir,
D’estre sanz cause prinsonnier,
A ce ne comptasse un denier,
Ne d’acquerir tous autres biens,
Mais fusse riche a souhaidier
Se j’eusse mon vit d’Orliens22.

Alors que les premiers vers font attendre le traitement d’une thématique morale, le refrain réoriente le registre de la pièce pour déplorer la perte de l’organe de la jeunesse. L’insertion d’une discrète référence biographique – Deschamps a étudié le droit à Orléans – fait tout le sel de cette ballade : le poète moraliste dégrade volontairement son statut en décalant l’horizon d’attente de son lectorat. La forme même de la ballade permet d’organiser la surprise, elle concentre l’ensemble du sens du texte dans la brièveté du refrain qui la conclut. Répétée comme un regret, la défaillance est un triomphe et l’organisation particulière de la pièce devient par la suite un modèle poétique d’évocation de l’impuissance23.

Jean Molinet se dote d’une même maîtrise technique pour dire l’inaptitude du corps vérolé et ses vers équivoqués articulent eux aussi perte de la vigueur et chant de la puissance :

Dont puis, sans arbitrage ou aultre compromis
Moyennant cent escus, me fust vo con promis […]
Sy [t]achay promptement d’emplir vostre conduyt ;
Las, pour fol affoller, femme a bien le con duyt !
Mais avant fus privé de mon argent comptant,
Don je fu par trop fol d’achetter ung con tant […].
Nyantmains tout embrasé et en amour confit,
Je fis autant d’explois qu’onque homme en ung con fit,
Et hurtay tant de cops, se bien vous les comptés,
Qu’onque faire on ne vit assaulx à ung con tels24.

Le schéma rimique qui rejoue, tous les deux vers, la même chute vers le bas du corps n’est pas seulement l’expression d’une attaque répétée contre le sexe féminin. Il peut aussi être conçu comme la démonstration ludique d’un ethos poétique qui se donne, comme Deschamps, en spectacle, trouvant dans la surexposition phonique du « con » et la pratique virtuose de la rime une compensation symbolique à sa contamination. La dépense verbale se lit alors comme le pendant d’une dépense pécuniaire et sexuelle placée au cœur du poème. L’articulation entre déroute financière et perte de la vigueur sexuelle apparaît déjà chez Deschamps et ses imitateurs. Mais, loin de s’en tenir aux regrets, le locuteur compense sa folle dépense par un surcroît d’énergie sexuelle. En recomptant ses lubriques « coups », le « je » poétique tente de compenser les coûts exorbitants d’une nuit de plaisir. L’hyperbole s’impose alors comme figure de la fanfaronnade tout comme, chez Deschamps, l’écroulement ne peut être dit sans rappeler avec une effusion outrée les anciennes prouesses du membre :

Pour lequel je fu tant amez,
Pour ce qu’il fist bien son devoir,
Qu’amoureux et amis clamez
Estoie de toutes ; pour voir,
Jamais ne vouldroie autre avoir,
Richesce, vin, blef en grenier25.

Ce qui fait dès lors la force de la lamentation des poètes défaillants, c’est qu’elle tire profit de la faiblesse du corps pour mieux asseoir l’habileté du vers. Il s’agit là d’une constante durable du traitement littéraire de l’impuissance : l’ouvrage fondateur d’Yves Citton montre comment, du xvie au xixsiècle, l’impuissance devient un « espace de parole » où « l’activité langagière » se présente comme le corollaire d’une incapacité à agir, la « reconnaissance d’une frustration26 ». Mais alors que c’est dans la projection vers une relation sexuelle aboutie qu’Yves Citton lit une démonstration de puissance, les textes que nous étudions se complaisent à dire l’échec. Le poème ne fonctionne pas comme un nouveau corps que le poète forgerait pour oublier ses défaillances, il prend tout au contraire appui sur les dysfonctionnements de la santé sexuelle, qu’il met en valeur. Bien que ruiné, alité ou vérolé, le « je » poétique se paie de mots et tire ainsi profit des contrastes saisissants qui existent entre les défaillances de son corps souffrant et la productivité de sa faconde qui déplace, sur le plan de la langue, les exploits anciens d’un sexe à présent malade.

Cette surcharge poétique contraste avec le langage médical, où les affections sexuelles s’incarnent rarement à la première personne : les anecdotes personnelles ne font jamais apparaître le corps pulsionnel du médecin mais plutôt l’expertise thérapeutique de ce dernier. À ce titre, les soignants se montrent plus économes dans leurs descriptions des « parties secrètes27 » ou « honteuses28 » et privilégient l’identification de causes et la proposition de cures29. Cela ne signifie pas pour autant que les poèmes lestes ne cherchent pas à imiter ou à s’inspirer de certaines fonctions du discours médical, comme le révèle l’examen plus approfondi de la pragmatique de nos textes.

Entre divertissement et avertissement : prophylaxie sério-ludique

Quoique ces textes soient de facture légère, ils diffusent des conseils qui les rapprochent des fonctions prophylactiques du corpus médical. Afin de préserver leurs lecteurs des maux qui les affligent, les locuteurs impuissants et vérolés se présentent comme les contre-exemples d’une sexualité réussie. Leur passé fait d’excès érotiques autorise l’adoption d’une posture didactique. Alors que le texte médical prend toujours en charge le présent de la maladie afin d’en soulager le patient, ce sont leurs erreurs regrettées que racontent les poètes, cédant ainsi à la « tentation du chronologique30 » que Jacqueline Cerquiglini-Toulet identifie comme caractéristique de la poésie en moyen français.

Typiques des conceptions holistiques de la médecine des périodes anciennes, les conseils des poètes sont essentiellement pratiques et relèvent tout à la fois de la morale et du comportement au quotidien. Jean Régnier écrit par exemple à sa femme qu’il a pris « congé des armes » à l’approche de la vieillesse et s’inquiète de l’adoption d’un régime alimentaire adéquat : « Tel desjeuner ne quiert que le polet, / Mieulx me vauldroit manger ung euf molet / Pour soustenir mon corps en bon propos31 ». Les autoportraits plaisants en vieillards plus soucieux de leur équilibre alimentaire que des frasques de leur jeunesse ne suggèrent pas uniquement une dégradation du discours amoureux vers des préoccupations pragmatiques. Ils révèlent une porosité entre champ médical et champ poétique que réduisent encore certains conseils plus directs de modération sexuelle : « Princes, le broyer m’a destruit / En jeusne temps, pensez y tuit ; / Gardez vous d’ainsi encheoir32 », recommande chez Eustache Deschamps un sujet lyrique impuissant.

Encore plus attendus dans les poèmes sur une maladie sexuellement transmise, les appels à la modération permettent aux locuteurs vérolés de mettre en garde contre les dangers du coït. Ainsi, chez Molinet, la longue critique du « con » contagieux cède la place à une exhortation à la jeunesse :

Josnes gens, escoutés de quoy je me complains,
Regardés le dangier de quoy est ung con plains ;
Les gouttes et bouttons sont en moy congellés,
Tous mes membres et sens sont par ung con gellés ;
Aiés l’oeul à mon cas et point ne consentés
D’endurer que telz maux par aucun con sentés33.

L’invitation à voir et à écouter le vérolé assure la transmission efficace d’une leçon. Cette dernière se fonde sur la dimension contre-exemplaire d’un locuteur qui a été « trop fol34 » au point de tomber malade. Le corps dolent du « je » malade, décrit comme étant « en pleurs et en larmes35 » dans une ballade anonyme, assure la sensibilisation d’un public jeune et potentiellement insouciant à l’égard des ravages du fol amour, fréquemment assimilé, dans l’érotique médiévale, à la figure honnie de la putain. Les textes médicaux sur la vérole mentionnent très tôt le lien entre la maladie vénérienne et la fréquentation des prostituées, comme c’est le cas du médecin rouennais Jacques de Béthencourt lorsqu’il indique, en 1527, que « la virulence des menstruations d’une prostituée36 » (« scorti mensium virulentia ») fait partie des facteurs qui facilitent l’acquisition de la vérole. Pour autant, les médecins n’atteignent jamais le degré de crudité des textes obscènes lorsque les poètes s’en prennent au « grant trou […] bouché de plastre37 » des femmes jugées impures. Le sérieux du didactisme affiché par les poètes est certes à questionner. Ces derniers proposent cependant un discours prophylactique énoncé à hauteur d’hommes, sans doute plus accessible que le discours proprement médical, notamment parce qu’il émane de ceux qui ont échoué à « vivr[e] par rigle et par compas38 » et savent donner à leurs recommandations un tour pratique, où se mêlent plaisanteries et conseils.

L’adresse sur laquelle reposent ces poèmes s’ancre enfin dans un contexte de sociabilité masculine qu’ils ont vocation à entretenir. Quel que soit le lectorat avéré de ces textes, les destinataires auxquels ils s’adressent, ne serait-ce que fictivement, sont des hommes. De manière plus évidente encore, certains poèmes d’impuissants ou de vérolés se déploient dans des cadres énonciatifs restreints qui prétendent au partage d’une intimité avec un compagnon. Chez Marot, le locuteur malade entend ainsi répandre ses mots autant que ses maux auprès de ses amis, dans un geste compensant la diffusion de la vérole dont il est la victime :

Et m’attends bien, qu’en maintz lieux où iras,
À mes amys ceste Epistre lyras.
Je ne veulx pas aussi que tu leur celes,
Mais leur diras : « Amys, j’ay des nouvelles
D’un malheureux, que Venus la deesse
A forbanny de soulas et lyesse39 ».

Peut-être ce partage amical de l’affection recouvre-t-il une possibilité thérapeutique pour le malade dans la mesure où les discours médicaux de la période mentionnent le rire et la bonne compagnie comme des remèdes aux affections. Le texte poétique n’est plus seulement une prothèse, il participe du soin. Ainsi, pour Aldebrandin de Sienne, si l’on souhaite retarder autant que possible l’approche de la vieillesse à partir de trente-cinq ans, « se doit on garder de trop vellier, de courous, de pensees, et doit on demourer en joie et en soulas40 ». Pour sa part, Jean Fernel, médecin du roi Henri II, conseille aux vérolés de « se resjoüir et passer son temps à la lecture de quelques Livres plaisans, dans le gracieux entretien de ses familiers, les discours plaisans et recreatifs, parmy l’harmonie des voix et des instruments41 ». Aussi Molinet fait-il de la compagnie amicale un remède au déclin de son organe :

Et mon pauvre v.i.t. ay perdu aux
Deduis d’amours, en faisant ung duo
Sus ung lit mol, mais je bois a grands très,
Comme docteur, avec les bons fratres42.

Si la complicité masculine est recommandée aux défaillants, elle a besoin pour se construire de la dégradation du sexe opposé, nourrie par une tradition misogyne ancienne à laquelle les textes médicaux ne sont pas étrangers puisqu’ils considèrent les femmes comme la cause extérieure première des maux du sexe masculin43. Les poètes attribuent aux femmes vieilles ou vérolées puanteur, lubricité vorace et béance vertigineuse44. L’amitié entre hommes permise par la faiblesse érotique se présente alors comme une guerre des sexes : c’est contre le danger que constituent les femmes qu’il faut mettre en garde ses pairs. Le vérolé, victime de son hypersexualité, vilipende le corps féminin et le réduit à « un trou puant plain d’ordure / Où maint vit a gecté sa cure45 ». De la même manière, Jean Molinet avertit son vieux compagnon Antoine Busnois d’éviter la fréquentation de « viviers puans » : « Ce sont goufres, ce sont ordes crollieres, / Tant sont les traux horribles et parfonds46 ». Cette image inquiétante d’un sexe féminin décrit comme un lieu périlleux relève certes du topos antiféminin mais il peut faire l’objet d’une inventivité métaphorique. Dans une ballade conservée au sein des recueils manuscrits du chirurgien réformé François Rasse des Neux, le locuteur vérolé réinvestit la métaphore équestre de l’acte sexuel pour narrer un terrible accident. Alors qu’il chevauche « au pais bas », le « je » se trouve face à « un grand trou desbouché » dans lequel tombe son « courtault, […] jeune et mal embouché ». L’accident à cheval apparaît de plus en plus explicitement comme un rapport sexuel pathogène, ce que laisse entendre le misérable état du locuteur après sa chute :

Je veins sortir de ce vieil trou crachant,
Plus barbouillé, plus ord, plus eshanché,
Et mon courtaut tout defferré clochant,
Plain de farcin, morveux, desharnaché,
Son bast rompu, le dos tout escorché,
Homme vivant ne sçauroit calculer
L’infection qu’au trou avoit pesché47.

Les conséquences terribles de la fréquentation de l’appareil génital féminin sur le corps masculin servent à révéler aux lecteurs les imprudences de la vie sexuelle masculine. La logique antiféminine permet surtout au locuteur de faire fonctionner les mécanismes révélés par Freud lorsqu’il analyse le fonctionnement des blagues sexuelles :

Le mot d’esprit tendancieux a généralement besoin de trois personnes : outre celle qui fait le mot d’esprit, il en faut une deuxième, qui est prise comme objet de l’agression à caractère hostile ou sexuel, et une troisième, en qui s’accomplit l’intention du mot d’esprit, qui est de produire du plaisir48.

Dans cette perspective, les propos misogynes cimentent un groupe d’hommes qui rient des potentialités métaphoriques du dire poétique. Alors que c’est la trop grande proximité avec une femme qui a mis le « je » poétique en péril, son rachat aux yeux des lecteurs n’est possible qu’au prix d’une cohésion masculine contre la femme incriminée, réduite à un « trou ». Non seulement pareille entente dissone avec les recommandations médicales qui encouragent à l’alliance des sexes pour favoriser la procréation49, mais l’échange poétique entre hommes prescrit aussi, avec une plus grande précision que les textes savants, le type de partenaire à privilégier ou à éviter. Si l’insuffisance masculine doit susciter la sympathie, les sexes fétides des femmes sont uniquement désignés comme menaces de contamination et ne génèrent pas de discours de préservation orienté vers un public féminin50.

Conclusion

À travers l’étude croisée des poèmes en français consacrés à l’impuissance et à la vérole nous avons montré que, loin des ruptures que l’on établit entre le Moyen Âge et la Renaissance, les textes obscènes sur les maux de la verge se complètent et se ressemblent. Les défaillances masculines nourrissent une même verve fantasque cherchant à mettre à distance les maux du corps par les mots du poète, qui ne sont pas ceux du médecin. La « comédie du Moi51 » que joue le « je » impuissant ou vérolé constitue une réponse à la perte de sa santé sexuelle en même temps qu’elle confirme combien les pièces analysées appartiennent à un registre « familier » qui éloigne les poètes de la « vocation oratoire hautement publique52 » attachée d’habitude à leur fonction. Plus encore, en disant les souffrances de leur verge et leur éloignement par rapport aux normes masculines de leur temps, les impuissants et les vérolés se ménagent une place à part dans le dispositif poétique : leur ethos d’outsiders du monde érotique leur permet tout à la fois de faire rire, de se ménager une sociabilité et d’espérer transmettre une certaine vigilance à leur lectorat essentiellement masculin. La pragmatique de ces textes s’avère dès lors ambigüe. Faisant de leur corps douloureux un contre-exemple censé prévenir leurs destinataires des excès charnels, les poètes impuissants et vérolés s’ingénient aussi à créer autour d’eux une homosocialité amusée, trouvant dans leurs maux un prétexte pour donner libre cours à une écriture leste. La consolidation des liens masculins par le rire ne peut alors advenir que par l’intermédiaire d’une misogynie partagée, faisant des déficiences masculines la conséquence d’une proximité trop dangereuse avec le sexe féminin. Sans jamais chercher à se substituer aux discours médicaux, les poèmes sur les défaillances viriles parviennent à se saisir de sujets liés à la santé sexuelle et à en parler sur un ton résolument ludique. Leur dimension parodique et obscène ne doit pas les disqualifier d’emblée : ils apparaissent au contraire comme un mode d’énonciation possible pour dire, ailleurs que dans les traités médicaux et sur un autre ton, les ratés et les risques d’une hypersexualité dérivant, avec l’âge ou la maladie, vers une hyposexualité.

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Notes

1 Sur les masculinités médiévales, voir notamment HADLEY Dawn, dir. (1999), Masculinity in Medieval Europe. Londres ; New York : Longman. Sur les masculinités renaissantes, voir notamment MAIRA Daniel, dir. (2021), Mollesses renaissantes. Défaillances et assouplissement du masculin. Genève : Droz. Return to text

2 Sur le surgissement de la vérole en Europe, voir ARRIZABALAGA Jon, HENDERSON John, FRENCH Roger (1997), The Great Pox. The French Disease in Renaissance Europe. New Haven ; Londres : Yale University Press. Par ailleurs, il va de soi que des poèmes sur l’impuissance sont encore écrits au xvie siècle, voir ceux réunis par JEANNERET Michel (2007), La Muse lascive. Anthologie de la poésie érotique et pornographique française (1550-1650). Paris : José Corti, chap. 7, p. 239-261 où les vérolés et les impuissants sont réunis dans une même section. Return to text

3 La virilité moderne semble ainsi caractérisée par une plus grande « douceur », « politesse » et « urbanité » que celle de la période médiévale dans VIGARELLO Georges, dir. (2011), Histoire de la virilité I. L’invention de la virilité de l’Antiquité aux Lumières. Paris : Seuil, p. 181. Return to text

4 Voir ZUMTHOR Paul (1975), « Le je de la chanson et le moi du poète », in Langue, texte, énigme. Paris : Seuil, p. 181-196 ; ZINK Michel (1985), « De la poésie lyrique à la poésie personnelle : l’idéal de l’amour et l’anecdote du moi », in La Subjectivité littéraire : autour du siècle de Saint Louis. Paris : PUF, p. 47-74. Return to text

5 Sur le discours obscène dans la littérature médiévale, voir LABÈRE Nelly, dir. (2015), Obscène Moyen Âge ?. Paris : Champion. Pour la période renaissante, voir PEUREUX Guillaume, ROBERTS Hugh, WAJEMAN Lise, dir. (2011), Obscénités renaissantes. Genève : Droz. Return to text

6 CERQUIGLINI-TOULET Jacqueline (1984), « “Le Clerc et le Louche”: Sociology of an Esthetic », in Poetics Today, vol. 5, n° 3, p. 479-491. Return to text

7 [ANONYME] (xve s.), Le Parnasse satyrique du quinzième siècle. Anthologie de pièces libres, éd. Marcel SCHWOB (1905). Paris : H. Welter, XCVIII, v. 11-12 et v. 9-10. Le texte est attribué à Michault Taillevent, poète bourguignon. Return to text

8 [ANONYME] (ca. 1529), Les Sept marchans de Naples. C’est à savoir l’adventurier. Le religieux. L’escolier. L’aveugle. Le Vilageois. Le Marchant. Et le Bragart. Paris : Julien Hubert, « Autre rondeau », f. B3v. Return to text

9 Le Parnasse satyrique, éd. cit., LXXI, v. 4. Return to text

10 MOLINET Jean (xve-xvie s.), Les Faictz et Dictz, vol. II, éd. Noël DUPIRE (1936-1937). Paris : Société des anciens textes français, VII, v. 99-103. Return to text

11 Le « je » malade indique que sa seule consolation vient du fait qu’il peut compter sur la présence de « madame la verole », accompagnée de « Vieillesse », « Foyblesse », « Douleur » et « Povreté ». Voir LEBLOND Jean (1536), Le Printemps de l’humble esperant aultrement dict Jehan Leblond Seigneur de Branville où sont comprins plusieurs petitz œuvres semez de fleurs, fruict et verdure qu’il a composez en son jeune aage fort recreatifz comme on pourra veoir à la table. Paris : Arnoul L’Angelier, f. B7r. Les cinq allégories rappellent les vices peints sur le mur du verger de Déduit au début du Roman de la Rose. Voir GUILLAUME DE LORRIS, JEAN DE MEUN (xiiie s.), Le Roman de la Rose, éd. Armand STRUBEL (1992). Paris : Librairie Générale Française, p. 49-67 : p. 59-61 pour Vieillesse et p. 63-65 pour Pauvreté. Return to text

12 LEBLOND Jean, Le Printemps de l’humble esperant, éd. cit., f. B8r. Return to text

13 DESCHAMPS Eustache (xive-xve s.), Œuvres complètes, éd. Marquis de QUEUX DE SAINT-HILAIRE, Gaston RAYNAUD (1878-1903). Paris : Société des anciens textes français, vol. VIII, ballade 1450, v. 21-23 : « Devenus sui maigres, pelez, frilleux, / Po voyant, sourt, sec, annuieux, chargent, / Tousseux, roingneux, graveleux et gouteux ». Return to text

14 Sur les énumérations dans les discours médicaux sur la vérole au xvie siècle, voir LAUBNER Jérôme (2023), Vénus malade. Représentations de la vérole et des vérolés dans les discours littéraires et médicaux en France (1495-1633). Genève : Droz, chap. 3. Return to text

15 BERNARD DE GORDON (xiiie s.), Lilium medicinæ, « De paucitate coitus, sive de frigidis et maleficiatis, de sterilitate viri » (1542). [Paris] : [Jean Foucher], f. 313v : « Chez l’homme, les instruments de la procréation sont les testicules et la verge » (nous traduisons). Return to text

16 DESCHAMPS Eustache, Œuvres complètes, éd. cit., vol. VI, MCCXXV, v. 4-6. Return to text

17 MAROT Clément (1532), L’Adolescence clémentine, in Œuvres complètes I, éd. François RIGOLOT (2007). Paris : Flammarion, v. 19, p. 101. Return to text

18 Ibid., v. 33, p. 102. Plus généralement, sur la féminisation des impuissants au xvie siècle, voir MAIRA Daniel (2021), « Mollesse amollissante et virilité assouplie : Montaigne et l’audace de dire l’impuissance » in Mollesses renaissantes, op. cit., p. 195-213. Return to text

19 LEBLOND Jean, Le Printemps de l’humble esperant, éd. cit., f. B7r. Return to text

20 OVIDE (ier s.), Les Fastes, éd. et trad. Robert SCHILLING (1992). Paris : Les Belles Lettres, II, 305-358, p. 40-42. Return to text

21 Voir à ce propos AÏT-TOUATI Frédérique (2010), « Penser le ciel à l’âge classique. Fiction, hypothèse et astronomie de Kepler à Huygens », in Annales, n° 65/2, p. 340 : l’autrice parle de « figures disciplinées » pour les textes scientifiques là où les textes littéraires peuvent afficher un régime figural plus « libre ». Return to text

22 DESCHAMPS Eustache, éd. cit., Vol. VI, MCV, v. 1-10. Return to text

23 Voir à ce propos BROUZES Camille (2022), « De viel porte voix et le ton » : corps et masques du vieillissement dans la poésie en français des xivet xve siècles. Thèse de doctorat en littérature médiévale : Université Grenoble Alpes, p. 194-202, en ligne : https://theses.hal.science/tel-03824903 [consulté le 17/1/2023]. Return to text

24 MOLINET Jean, Faictz et Dictz, II, éd. cit., v. 17-30, p. 729-730. Return to text

25 DESCHAMPS Eustache, éd. cit., vol. VI, MCV, v. 11-16. Return to text

26 CITTON Yves (1994), Impuissances. Défaillances masculines et pouvoir politique de Montaigne à Stendhal, Paris : Aubier, p. 74-76. Return to text

27 VIGO Giovanni da (1525), De Vigo en françoys. S’ensuit la practique et cirurgie de très excellent docteur en medecine Maistre Jehan de Vigo, nouvellement translatée de latin en françoys à l’utilité publique et principalement des cirurgiens, trad. N. GODIN. Lyon : Benoît Bonyn, livre 5, f. 131v. Return to text

28 HÉRY Thierry de (1552), La Methode curatoire de la maladie Venerienne, vulgairement appellée grosse vairolle, et de la diversité de ses symptomes. Paris : Arnoul L’Angelier et Mathieu David, p. 5. Return to text

29 Bien que ce ne soit pas le cas pour le corpus sur la vérole, les textes médicaux renaissants, notamment sur la génération ou la gynécologie, peuvent s’inspirer de grivoiseries littéraires. Voir à ce sujet BRANCHER Dominique (2015), Équivoques de la pudeur. Fabrique d'une passion à la Renaissance. Genève : Droz. Return to text

30 CERQUIGLINI-TOULET Jacqueline (1986), « Écrire le temps. Le lyrisme de la durée aux xive et xve siècles », in Le Temps et la durée dans la littérature du Moyen Âge à la Renaissance, dir. Yvonne BELLENGER. Paris : Nizet, p. 103. Return to text

31 RÉGNIER Jean, (xve s.), Les Fortunes et adversitez, éd. Eugénie DROZ (1923). Paris : Société des anciens textes français, XII, v. 6-8. Return to text

32 DESCHAMPS Eustache, éd. cit., Vol. VI, MCCXXVII, v. 31-33. Return to text

33 MOLINET Jean, Faictz et Dictz, II, éd. cit., v.  1-76, p. 731. Return to text

34 Ibid., v. 24, p. 730. Return to text

35 Les Sept marchans de Naples, éd. cit., « Ballade », f. B4r. Return to text

36 BÉTHENCOURT Jacques de (1527), Nova penitentialis quadragesima, necnon purgatorium in Morbum Gallicum sive Venereum. Paris : Nicolas Savetier, f. C1r. Return to text

37 Les Sept marchands de Naples, éd. cit., f. B2v. Return to text

38 MOLINET Jean, Faictz et Dictz, II, éd. cit., v. 69, p. 731. Return to text

39 MAROT Clément, L’Adolescence clémentine, éd. cit., v. 7-12, p. 101. Return to text

40 ALDEBRANDIN DE SIENNE, Le Régime du corps (xiiie s.), éd. Louis LANDOUZY et Roger PÉPIN (1911). Paris : Champion, p. 81. Return to text

41 FERNEL Jean (1579), Traité de la parfaite cure de la maladie vénérienne, trad. Michel LE LONG (1633). Paris : Nicolas et Jean de La Coste, p. 164. Return to text

42 MOLINET Jean, Faictz et Dictz, II, éd. cit., XXXV, v. 17-20. Return to text

43 Bernard de GORDON identifie ainsi l’âge et le mauvais état du sexe féminin comme première cause externe de la stérilité ou de la difficulté de procréer. Voir BERNARD DE GORDON, Lilium medicinæ, éd. cit., f. 314r. Dans les textes médicaux sur la vérole, l’origine de l’épidémie elle-même est imputable à une prostituée « d’une grande impureté » (magna impuritate). Voir FERNEL Jean (1579), De luis venerea curatione perfectissima liber. Anvers : Christophe Plantin, p. 21. Return to text

44 Sur les représentations hideuses des femmes, notamment vieilles, dans la poésie renaissante, voir DEHONDT Louise (2021), Le Poète, la rose et le sablier. Représentations poétiques de la vieillesse féminine en langue romane (xvie siècle - début du xviie siècle). Thèse de doctorat en littérature comparée : Université Picardie Jules Verne. Plus précisément, sur l’affaiblissement viril face aux femmes vieilles, voir DEHONDT Louise (2021), « “Mol comme laine” mais viril ? Mollesse phallique et virilité dans la poésie satirique », in Mollesses renaissantes, op. cit., p. 215-233. Return to text

45 [ANONYME] (1501), Le Jardin de plaisance et fleur de rhetorique, éd. Eugénie DROZ (1910). Paris : Firmin Didot, vol. I, « Autre rondel », f. 73v. Return to text

46 MOLINET Jean, Faictz et Dictz, II, éd. cit., XLI, v. 33 et v. 35-36. Return to text

47 RASSE DES NEUX François (xvie s.), Recueil poétique (BnF, manuscrit français 22565), éd. Gilbert SCHRENCK et Christian NICOLAS (2019). Paris : Classiques Garnier, ballade 279, p. 218. Return to text

48 FREUD Sigmund (1905), Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, trad. Denis MESSIER (1988). Paris : Gallimard, p. 193. Return to text

49 Voir à ce propos JACQUART Danielle et THOMASSET Claude (1985), Sexualité et savoir médical au Moyen Âge. Paris : PUF, p. 230-236. Return to text

50 Aux xve et xvie s., la vérole et l’impuissance organisent donc en langue vernaculaire un scénario poétique et un lien aux femmes différents du traditionnel fiasco de l’amant que l’on rencontre davantage dans les textes latins et néo-latins. Hérité des Amours d’Ovide et reconduit au vie s. dans la célèbre Élégie de Maximianus ou réinvesti plus tard par Mathurin Régnier, ce thème présente un amant incapable de satisfaire une femme qui se désole de sa faiblesse sur un ton élégiaque. Voir à ce propos CITTON Yves, Impuissances, op. cit., p. 26-37. Return to text

51 POIRION Daniel (1978), Le Poète et le Prince. L’évolution du lyrisme courtois de Guillaume de Machaut à Charles d’Orléans. Genève : Slatkine Reprints, p. 232. Return to text

52 CORNILLIAT François, MÜHLETHALER Jean-Claude (2001), « La fonction sociale de la poésie », in Poétiques de la Renaissance. Le modèle italien, le monde franco-bourguignon et leur héritage en France au xvie siècle, dir. Fernand HALLYN et Perrine GALAND-WILLEMEN. Genève : Droz, p. 329. Return to text

References

Electronic reference

Camille Brouzes and Jérôme Laubner, « Impuissant ou vérolé : écrire la défaillance masculine dans la poésie française à la première personne (xive-xvie siècle) », Éclats [Online], 3 | 2023, 15 December 2023 and connection on 20 May 2024. Copyright : Licence CC BY 4.0. DOI : 10.58335/eclats.350. URL : https://preo.u-bourgogne.fr/eclats/index.php?id=350

Authors

Camille Brouzes

CÉRÉdI, Université de Rouen

Jérôme Laubner

IRCL UMR5186

Copyright

Licence CC BY 4.0