Entretien avec le Docteur Walid el Abed

  • Interview with Dr Walid el Abed

Texte

Le Dr. Walid el Abed est né le 20 septembre 1968. Linguiste et informaticien français, il est connu pour la proposition d'un nouveau modèle appelé le Méta Modèle Sémantique (MMS). Il est également chercheur au Centre Tesnière (CRIT) spécialisé en Linguistique Informatique et Traitement Automatique du Langage Naturel de l'Université de Franche-Comté. Docteur de l'UFC, il est aussi le fondateur et PDG de l'entreprise Global Data Excellence, « la première plateforme d’IA pour la gouvernance d’entreprise avec laquelle vous pouvez dialoguer en langage naturel1 ». En 2020, il a reçu le Special Innovation Award au World Innovation Economics à Davos2, et a été nommé entrepreneur de l'année pour son dévouement dans le domaine de l'intelligence artificielle en Suisse par Marquis Who's Who3. En 2021, il a été reconnu par le magazine CIOReview comme l'un des 20 fournisseurs de solutions d'intelligence artificielle les plus prometteurs.

Portrait de Walid el Abed

Portrait de Walid el Abed

Claire Breniaux : Pouvez-vous nous présenter l’entreprise Global Data Excellence ?

Dr. Walid el Abed : Il s’agit d’une entreprise suisse, située à Genève, qui a créé la première plateforme d’intelligence artificielle pour la gouvernance organisationnelle. Le but de mon entreprise est de permettre un dialogue entre les sciences humaines et les sciences technologiques. En d’autres termes, nous travaillons sur la transposition du langage informatique dans une langue naturelle. Nous développons le dialogue entre l’humain et la machine. La Suisse, grâce à son acceptation sociale et politique, m’a aidé à établir cette science. J’ai eu le soutien de l’État de Genève, que je remercie sincèrement. Je remercie également le gouvernement hollandais, qui m’a accordé une médaille d’honneur à la suite de la création de cette entreprise. Enfin, je remercie la Commission Européenne, qui a subventionné cette création à hauteur de deux millions d’euros4.

CB : Quel est le profil de vos collaborateurs ?

WEA : Mes collaborateurs qui sont aussi des docteurs ont un profil technologique très prononcé. De plus, ils croient en ma vision, en la mission que nous avons. Nous partageons les mêmes valeurs. Ils ont suivi la même formation que moi, à l’Université de Franche-Comté.

CB : Quelles sont les sciences et techniques employées au sein de votre entreprise ?

WEA : L’informatique, la logistique, la sémantique, la science du langage. Nous avons également recours à la science des lois, de l’économie et de la connaissance. Notre objectif est d’articuler ces sciences pour aboutir à la connaissance. En d’autres termes, c’est la liaison de toutes ces sciences qui mène à la connaissance.

CB : Quel est votre parcours ?

WEA : Je suis diplômé de l’Université de Franche-Comté. Après une Licence FLE, j’ai obtenu une Maîtrise en Sciences du langage, un Master puis un Doctorat en Intelligence Artificielle (Informatique et Sciences du Langage) en 2000. J’ai une double compétence : je suis à la fois linguiste et informaticien. Je parle donc le langage de l’humain et celui de la machine. Je mène également une double carrière : je suis entrepreneur et chercheur. J’ai toujours enseigné et publié. J’enseigne par exemple à l’Université de Franche-Comté, mais aussi au CNAM (Centre National des Arts et Métiers) et à l'Université Paris Dauphine, et enfin à l'Université de Droit de Fribourg. Je suis aussi conférencier international, notamment à l’ONU. J’y tiens des conférences sur le développement durable, l’éradication de la pauvreté et l’égalité des sexes. Ce sont des sujets qui me tiennent à cœur. Je donne aussi beaucoup de conférences à l’ONU sur la justice. La justice, c’est mon combat personnel. Je souhaite combattre la corruption sociale et économique. D’où l’intérêt de l’intelligence artificielle, car celle-ci est neutre. J’ai travaillé pour de grandes sociétés financières, industrielles, étatiques, avant de créer ma propre entreprise. J’ai été contacté par ces sociétés pour développer cette intelligence artificielle. Puis j’ai créé mon entreprise en 2007.

CB : Pourquoi avez-vous choisi de vous tourner vers le monde de l’entreprise ?

WEA : Je l’ai fait pour le changement, le changement de la société, dans le but de changer le système économique, le système de la valeur. Mon objectif est que la finance, les États et l’industrie soient liés pour produire cette valeur. On ne peut pas continuer à fonctionner en étant isolés.

CB : Avez-vous rencontré des difficultés lors de la création de votre entreprise ?

WEA : En France, oui. J’y avais créé ma première entreprise, mais j’y ai mis fin. Le démarrage en Suisse a été beaucoup plus simple, notamment grâce à l’État de Genève qui m’a aidé. Je me suis épanoui en Suisse. Je suis français de nationalité et suisse de cœur.

CB : Que vous a apporté votre thèse lors de la création de cette entreprise ?

WEA : Cela a été la base. C’est grâce à ma thèse que j’ai trouvé une nouvelle façon de modéliser la connaissance (Méta Modèle Sémantique, MMS). Mon objectif était de créer une nouvelle intelligence en dépassant les langages informatiques. J’ai commencé à travailler sur le sens, ce qui, pour moi, est très important. Je voulais faire le lien entre la donnée et la métadonnée. Je me suis posé la question suivante : comment gouverner par la valeur ? Il existe plusieurs systèmes économiques et communautés. Comment faire le lien entre toutes ces valeurs créées ? Comment partager la valeur ?

CB : Quel lien faites-vous entre la recherche et le monde de l’entreprise ?

WEA : Aujourd’hui, malheureusement il n’y en a pas. Le monde de la recherche est piégé par l’argent. À travers notre entreprise, nous associons la théorie et ses applications. La recherche doit être intimement liée à l’application afin que des changements sociétaux puissent émerger.

CB : Quelle discipline ou quel savoir-faire devrait faire l’objet d’un enseignement en SHS à l’université pour aider les étudiants à entreprendre ou travailler dans votre secteur ?

WEA : La science de la Data Excellence.

CB : Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes chercheurs qui souhaitent créer leur entreprise ? Quels sont les écueils à éviter ?

WEA : Mon premier conseil est de lier la recherche à la pratique. Il faut également avoir un projet personnel, une vision. La recherche doit être en lien avec cet objectif personnel. L’entreprenariat, c’est une réalisation personnelle. Il faut avoir une croyance, la foi dans son projet. Mon projet personnel ultime est de décrocher un prix pour la paix. Je rêve de décrocher le Prix Nobel de la paix. En ce qui concerne les écueils à éviter, il faut d’abord toujours garder l’éthique à l’esprit. Et il faut éviter la facilité.

Notes

1 Site internet : https://globaldataexcellence.com/fr/. Retour au texte

2 Voir : https://www.worldinnovationeconomics.org/davos-2020. Retour au texte

3 Voir : https://www.24-7pressrelease.com/press-release-service/471401. Retour au texte

4 Le 12 septembre 2019, la plateforme DEMS a reçu une subvention de 2 millions d’euros du SME Horizon 2020 Instrument de la Commission européenne. Retour au texte

Illustrations

Citer cet article

Référence électronique

Walid el Abed et Claire Breniaux, « Entretien avec le Docteur Walid el Abed », Éclats [En ligne], 2 | 2022, . Droits d'auteur : Licence CC BY 4.0. URL : https://preo.u-bourgogne.fr/eclats/index.php?id=331

Auteurs

Walid el Abed

CRIT

Claire Breniaux

TIL

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Licence CC BY 4.0