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Littérature scientifique

John Bellamy Foster, Marx écologiste, Paris, Éditions Amsterdam, 2011 (édition originale 2009), 144 p.

Jean-Guillaume Lanuque and Georges Ubbiali

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1Ce petit opuscule est en fait la compilation de quatre chapitres extraits du recueil de John Bellamy Foster, The Ecological Revolution : Making Peace with the Planet, sachant que chacun d’entre eux était à l’origine un article de revue. John Bellamy Foster est un des théoriciens majeurs de l’écosocialisme dans le monde anglo-saxon, et son propos sur la question est à la fois accessible et pointu. Il est notamment l’auteur d’un livre de référence dans l’espace anglo-saxon, Marx’Ecology. Materialism and Nature, dont on ne peut qu’espérer la traduction rapide. Dans Marx écologiste, sur la base d’une lecture attentive et serrée de Marx, John Bellamy Foster retourne le stigmate souvent accolé au révolutionnaire d’être une figure prométhéenne du productivisme et du développement à tous crins, telle que l’Union soviétique avait pu jadis l’illustrer. Pour l’auteur, au contraire de cette image, Marx apparaît comme un des premiers théoriciens de l’écologie politique. Pas moins.

2« Une mise en perspective historique de l’écologie de Marx », publié en 2002, est une démonstration de la prise en compte par Marx des préoccupations écologiques, en particulier à travers sa lecture du chimiste allemand Liebig (auteur en 1840 d’un ouvrage connu comme Chimie agricole, le nom exact étant De la chimie organique appliquée à l’agriculture et à la physiologie) et de sa critique d’une agriculture intensive et productiviste, telle qu’elle se mettait en place dans la seconde moitié du XIXème siècle. C’est la notion de rupture métabolique qui est au cœur de cette réflexion, à travers le prisme d’une dégradation de la fertilité des sols. Liebig démontrait en effet que l’agriculture intensive (britannique), réalisée sur la place croissante des intrants chimiques, risquait de conduire à une rupture métabolique de la nature, se manifestant par une sur-sollicitation des ressources de cette dernière et, au final, un épuisement rapide. Cela conduit Marx à écrire, dans le volume trois du Capital, des analyses qui semblent sorties tout droit d’un argumentaire de Greenpeace : « Du point de vue d’une organisation économique supérieure de la société, le droit de propriété de certains individus sur des parties du globe paraîtra tout aussi absurde que le droit de propriété sur son prochain. Une société entière, une nation et même toutes les sociétés contemporaines réunies ne sont pas propriétaires de la terre. Elles n’en sont que les possesseurs, elles n’en ont que la jouissance et doivent la léguer aux générations futures après l’avoir améliorée en boni patres familias » (cité p. 16). Même si on aurait aimé bénéficier de davantage d’exemples tirés de l’œuvre ou de la correspondance de Marx et d’Engels, la démonstration est plutôt convaincante. John Bellamy Foster insiste également sur la pérennité, après Marx, d’un courant dialectique et matérialiste écologique, marxiste (Morris, Kautsky), ultérieurement éclipsé par le stalinisme, ou fabianiste (Lankaster et Tansley, l’inventeur du terme d’écosystème). Mais là, le lecteur regrettera qu’il se perde un peu dans l’exposé des auteurs d’un courant socialiste post Marx s’étant préoccupés de la thématique écologique.

3Le second article, « La théorie marxienne de la rupture métabolique, ou les fondations classiques de la sociologie environnementale », rentre davantage dans les détails, en défendant l’idée que la sociologie classique (ici centrée sur Marx, bien que Foster cite également Weber et Durkheim) était plus ouverte aux préoccupations environnementales que ce que certains critiques contemporains ont bien voulu admettre. Si l’on y retrouve la figure de Marx, comme fondateur, avec la notion de rupture métabolique, John Bellamy Foster propose ensuite une série d’aperçus d’autres auteurs (ainsi Kaustky, mais aussi des auteurs britanniques) qui confirment la thèse d’un matérialisme historique beaucoup plus « ancré dans l’histoire naturelle, en rupture avec les traditions grossières et unilatérales du matérialisme mécanique, du vitalisme ou encore du darwinisme social, telles qu’elles existaient à l’époque de Marx » (p. 85). Dans « Capitalisme et écologie : la nature d’une contradiction », John Bellamy Foster critique la thèse émise par James O’Connor d’une seconde contradiction du capitalisme, considérant que le capitalisme ne pourrait stopper sa destruction de la nature, même devant la détérioration des conditions de production, et jugeant que cette seconde contradiction risquait de relativiser l’importance de la lutte des classes, au cœur de la première contradiction.

4Enfin, avec « Le manifeste du parti communiste et l’environnement », il annonce prendre la défense du Manifeste en démontrant qu’il est loin d’être antiécologique, ainsi que certains l’affirment. Il démontre ainsi, textes à l’appui, que « Marx était sur bien des points en avance sur la pensée environnementale contemporaine » (p. 132), mais s’éloigne de son sujet précis en appréhendant un vaste spectre d’écrits marxiens. A l’aune de cette analyse, on saisit mieux l’importance de la critique, formulée par Marx et Engels, de la séparation entre les villes et les campagnes, qui enraye la restitution des nutriments aux sols tout en accumulant les déchets et la pollution des zones urbaines. Toutefois, en faisant de Marx le précurseur de la notion de développement durable, John Bellamy Foster néglige de s’interroger sur ce qui est en passe de devenir une nouvelle orthodoxie capitaliste…

5Le principal défaut de ce petit recueil tient aux nombreuses redites, et si l’on peut s’interroger sur le choix qui a été fait par l’éditeur plutôt que de publier l’ensemble du livre dont son extraits ces textes, on se trouve face à un exposé précieux cernant des linéaments d’une écologie marxiste chez Marx et Engels, de par leur prise en compte des interactions entre homme et nature, leur vision complexe de la science et de la technologie, à contresens des affirmations d’un Paul Ariès (La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance, chroniqué sur notre site), entre autres. Linéaments seulement, car ainsi que l’explique l’auteur, le sentiment d’urgence écologique était nettement moindre à leur époque face à l’imminence espérée de la révolution prolétarienne.

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Jean-Guillaume Lanuque and Georges Ubbiali, « John Bellamy Foster, Marx écologiste, Paris, Éditions Amsterdam, 2011 (édition originale 2009), 144 p. », Dissidences [Online], Février 2012, Littérature scientifique, Online since 02 February 2012, connection on 11 August 2020. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=729

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