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Comptes rendus : le mouvement trotskyste

Jean Le Roux, Voyage dans le passé. 1927-1947. Autobio, sl., éditions perso (auto-édition), 2004, 154 p.

Georges Ubbiali et Jean-Guillaume Lanuque

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Mots-clés :

Trotskysme
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Texte intégral

1Qu'un vieux militant trotskyste (tendance IVe Internationale "officielle") publie ses mémoires, voilà qui attire immédiatement notre attention. D'autant que l'individu en question a milité au PCI dans les années d'après guerre à Brest, en compagnie d'André Calvès, figure connue (voir le compte-rendu sur son Sans bottes ni médaille sur ce site). Effectivement, Jean Le Roux évoque à travers quelques anecdotes son engagement (il est devenu trotskyste en 1945 après un bref passage par le PCF), en particulier la participation aux élections législatives ainsi qu'au référendum de l'année 1946. Ce passage vaut au lecteur quelques portraits de militants et militantes (dont de véritables héros de retour des camps de concentration nazis pour cause d'édition d'un journal communiste-révolutionnaire avec des soldats allemands), le militantisme à travers la vente du journal à la criée, les réunions de cellules, plusieurs anecdotes sur le poids (écrasant et physique) du PC. On y retrouve d'ailleurs l'hostilité forcenée des staliniens vis-à-vis des trotskystes, en adeptes de l'entrave physique et de la diffamation, qui témoignent indirectement de l'activisme dont faisaient preuve leurs adversaires lorsqu'ils estimaient à deux ou trois cent le nombre de militants dans le Finistère alors qu'ils n'étaient qu'une quinzaine ! On y apprend aussi que le SWP américain " entretenait " certains militants particulièrement démunis, par l'envoi de colis de vêtements. L'ambiance du militantisme dans cette période est bien rendue, y compris par des moments amusants, comme l'intervention de Le Roux dans un meeting du MRP prônant la multiplication des naissances où il gagne la salle en fustigeant le parti du lapinisme intégral.

2Mais finalement, l'engagement proprement politique n'occupe que les 30 dernières pages d'un récit qui en compte 150. Dans le reste du volume, Le Roux raconte son enfance, son milieu familial, son entourage, ses occupations durant la guerre ou encore ses commentaires sur le déroulement de celle-ci. Le tout est teinté d'un humour gaulois et d'une facétie pleine de gouaille. C'est dire que ces pages se lisent sans déplaisir comme un témoignage sur l'enfance pauvre dans l'entre-deux guerres, avec des détails très intéressants sur les conditions de vie quotidienne durant la guerre, auxquels sont mêlés de nombreux développements sur les événements historiques du temps, marque de ce rapport très étroit qui lie l'histoire aux militants trotskystes… Toutefois, ayant fait le choix de se concentrer sur les deux premières décennies de sa vie, Jean Le Roux arrête son récit au moment de son départ en Allemagne pour le service militaire. Reste un témoignage qu'on aurait souhaité chronologiquement plus long, mais qui se lit avec plaisir et illustre l'angle positif du vécu trotskyste. On attend la suite des engagements de l'auteur, qu'il laisse deviner au détour d'une phrase, ici ou là, après cette mise en appétit qui se conclut trop tôt.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Georges Ubbiali et Jean-Guillaume Lanuque, « Jean Le Roux, Voyage dans le passé. 1927-1947. Autobio, sl., éditions perso (auto-édition), 2004, 154 p. », Dissidences [En ligne], 2 | 2011, mis en ligne le 12 avril 2011, consulté le 03 décembre 2022. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=185

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Auteurs

Georges Ubbiali

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