Introduction

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Si la Coupe du monde appartient d’abord à la géopolitique du sport en tant que compétition globale disputée tous les quatre ans depuis 1930, elle est devenue progressivement un moment des relations internationales, en temps de paix toutefois, puisque son organisation a connu une interruption de plus de douze années entre 1938 et 1950 provoquée par l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale et ses funestes conséquences. L’édition 2022 disputée au Qatar, comme celle qui a été jouée en Russie il y a quatre ans, confirme ce statut qui fait de cette tradition inventée plus qu’une compétition sportive1, un événement aux multiples dimensions que ce dossier cherche à explorer.

Si le premier texte discute non le bien-fondé d’une Coupe du monde organisée au Moyen-Orient, mais la difficulté du choix d’un pays dans une aire géographique dont le dénominateur commun est l’autoritarisme, le rigorisme religieux et l’instabilité et qui est partagée du point de vue du football entre des pétromonarchies richissimes aux stades vides et des peuples passionnés de football, les articles qui suivent veulent d’abord revenir sur quelques manifestations contemporaines du football et, parfois, leurs idées reçues.

D’abord son économie et l’idée que le football et la Coupe du monde seraient un big business brassant des sommes folles ou que l’organisation d’une telle compétition générerait d’importants bénéfices financiers. Ensuite, le rôle politique du jeu dans la France républicaine où le football et les Coupes du monde épousent et travaillent les évolutions de l’État-providence et d’une société qui se fractionne.

Mais la Coupe du monde c’est aussi et d’abord le jeu. Un jeu que les techniciens veulent scientifique et efficient, même si le transfert culturel et technologique qu’est l’adoption d’un nouveau schéma tactique ne va pas immédiatement de soi. Inventé outre-Manche, le WM fut inégalement compris dans la France des années 1930, même si certaines équipes amateurs l’assimilèrent plus vite que certains clubs professionnels. Acteur souvent conspué par le public de football, l’arbitre n’en est pas moins un personnage central que la Coupe du monde met en lumière et en question. Tous les quatre ans, la compétition mondiale tente de définir des nouveaux standards d’arbitrage et pose désormais la question de l’équilibre entre l’humain, au risque de l’erreur, et la technologie, sans que celle-ci, à l’exception de la Goal Line Technology (GLT), ne soit véritablement infaillible.

Comme tout mega event sportif, la Coupe du monde relève aussi de l’éphémère, d’un temps prolongé de réjouissances correspondant en Europe, sauf pour l’édition 2022, à l’avènement de l’été. Mais que reste-t-il lorsque la fête est finie et que la gueule de bois menace les organisateurs ? L’exemple de l’Allemagne 2006 – comme d’ailleurs de France 1998 – montre qu’au-delà de la part d’ombre qui finit toujours par surgir au grand jour, l’essentiel réside dans la construction d’une mémoire nostalgique de l’événement. Le souvenir de l’édition qatarie sera sans doute très masculin… Toutefois depuis 1991, les femmes ont également leur Coupe du monde dont la genèse n’a rien à envier sur le plan géopolitique à celle des hommes et qui dessine un autre espace du football allant du Japon aux États-Unis en passant par l’Allemagne et les pays scandinaves.

La Coupe du monde se décline aussi au masculin/féminin dans le rugby qui a mis longtemps à suivre la voie, pour des raisons d’éthique sportive et d’entre-soi britannique, tracée par les adeptes du ballon rond. Depuis 1987, c’est chose faite d’abord chez les hommes (quatre ans plus tard pour les femmes). Loin d’être seulement une manifestation de la « footballisation » de l’ovalie, la Coupe du monde de rugby doit aussi beaucoup à la conception universaliste du sport promue par les dirigeants français.

L’aura d’une telle compétition mondiale a désormais autant à voir avec ce qui se joue sur le terrain qu’avec les représentations qui en sont tirées et diffusées. Si nous vivons aujourd’hui dans une ère de saturation de l’image footballistique retransmise ad nauseam par les multiples canaux de communication et écrans de tailles diverses, la promotion de la compétition s’est d’abord faite de manière plus discrète par le truchement d’images fixes de petit format. Mais le timbre n’était pas dans les années 1930 un support anodin et pouvait vanter autant les valeurs du sport fasciste que la conception d’un sport apolitique promu par la Fédération française de football association. Il est aussi révélateur d’un temps où l’imaginaire de l’amateur de football était sans doute davantage sollicité par la relative rareté des images.

Notes

1 Pour paraphraser la fameuse devise du FC Barcelone « Més que un club ». Return to text

References

Bibliographical reference

Paul Dietschy, « Introduction », Football(s). Histoire, culture, économie, société, 1 | 2022, 15-16.

Electronic reference

Paul Dietschy, « Introduction », Football(s). Histoire, culture, économie, société [Online], 1 | 2022, . Copyright : Licence CC BY 4.0. URL : https://preo.u-bourgogne.fr/football-s/index.php?id=81

Author

Paul Dietschy

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Franche-Comté

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