Flux maritimes et dissémination du ballon rond (1890-1925)

  • Maritime flows and global dissemination of association football (1890-1925)

DOI : 10.58335/football-s.596

p. 15-30

Abstracts

Pour les historiens de football, affirmer que la diffusion du jeu dans le monde s’est effectuée par le biais des ports au cours du second xixe siècle est un lieu commun. Afin de discuter du bien-fondé de cette affirmation, un détour parmi les ports maritimes les plus importants au monde en 1890, selon la classification effectuée par César Ducruet et Bruno Marnot s’avère indispensable. Cette étude ne prétend pas contester le rôle influent des zones portuaires pour ce qui est de la dissémination du ballon rond hors du Royaume-Uni, bien au contraire. Cependant, elle permet de mettre en lumière l’activisme de certains acteurs-clé qui ont grandement facilité la pratique et la divulgation de ce sport. Ces derniers sont des ressortissants britanniques ou des anglophiles convaincus de la nécessité d’importer les valeurs du football dans l’aire où ils exercent leurs activités commerciales et sociales.

For soccer historians, it’s commonplace to assert that the worldwide spread of football took place via the ports in the second half of the 19th century. To discuss the validity of this assertion, a detour to the world's most important seaports in 1890, as classified by César Ducruet and Bruno Marnot, is essential. This study does not deny the influential role of port areas in the dissemination of the round ball outside the UK – quite the contrary. However, it does highlight the activism of certain key personalities who have greatly facilitated the practice and dissemination of the sport. The latter are British nationals or Anglophiles convinced of the need to import the values of soccer into the area where they carry out their commercial and social activities.

Outline

Text

Pour les chercheurs tout comme pour les passionnés de l’évolution du ballon rond, il existe une maxime fondatrice de l’histoire du football international : c’est par le biais de l’activité commerciale et économique dans et autour des ports que se diffuse le ballon rond tout autour de la planète au tournant du xxe siècle1. Pour préciser le propos, « les récits de la diffusion du football dans le vaste monde débutent souvent par “une scène primitive” qui campe des marins et des expatriés britanniques jouant au ballon rond devant des autochtones d’abord étonnés puis très vite séduits2 ». Il semble donc indéniable que les échanges internationaux médiés par les transports, commerciaux ou non, ont eu une influence sinon considérable du moins importante dans la diffusion du football hors d’Albion. Mais peut-on être plus précis quant aux termes de cette diffusion ? Est-il possible de spécifier quelles ont été les zones géographiques les premières affectées par la divulgation de ce sport hors des îles britanniques ? Peut-on nuancer la part prise par ces échanges, et de fait, le rôle des ports dans la conversion des autochtones à ce sport qui leur était jusque-là inconnu ? Est-il également possible d’apporter l’éclairage d’une historiographie récente, postérieure à 2010 et l’ouvrage de référence de Paul Dietschy3, dans la mesure où la féconde histoire du football ne cesse de s’enrichir ? Il semble que, dans plusieurs cas, l’importance des échanges maritimes doit être associée à l’activisme d’un ou plusieurs personnages qui ont accéléré la diffusion du football à l’international. Ces derniers sont évidemment soit des ressortissants britanniques, soit des anglophiles convaincus, persuadés de la nécessité d’importer les valeurs du football au sein d’un processus éducationnel dans leur pays de naissance ou d’adoption4.

Pour tenter de répondre à ces questions, il convient d’identifier dans un premier temps quelles sont les villes portuaires les plus importantes au moment où le football commence à s’implanter à l’échelle de la planète, c’est-à-dire à partir de la fin du xixe siècle. Pour ce faire, nous suivrons les travaux de César Ducruet et Bruno Marnot qui analysent les trafics portuaires mondiaux en 1890 et 1925, en déterminant la liste des trente villes où s’opèrent les flux maritimes les plus importants5. Ces auteurs se basent sur les registres du Lloyd’s, qui est un matériau riche pour l’enseignement des ports6. Par déduction, en raison des liens de causalité entre ballon rond et activité portuaire, nous reprendrons la liste de 1890, afin de vérifier si le football s’est bien diffusé concomitamment à partir des centres économiques identifiés ici. Seule la date de 1890 sera retenue, car selon les historiens il est avéré qu’en 1925 le football est déjà solidement et durablement enraciné dans de nombreux pays. Il s’agira de déterminer quand et comment des individus et des associations ont implanté le football dans de nombreuses régions du monde. Pour ce faire, un appui sur la littérature déjà existante, parfois abondante ou à l’inverse parfois très succincte selon les localisations, sera incontournable. Ce faisant, nous ambitionnons une revue de littérature qui n’aura pas la prétention d’être exhaustive, mais qui reviendra sur des spécificités locales ou sur des acteurs déterminants.

En nous référant au classement de Ducruet et Marnot, il est possible d’identifier des aires géographiques dans lesquelles le football s’est diffusé entre la fin du xixe et le début du xxe siècles : le Royaume-Uni, que nous comptons dans notre bilan, dans la mesure où plusieurs villes portuaires sont représentées ; l’Europe, notamment les pays de l’Ouest et du Sud ; l’Amérique latine ; l’Empire britannique ; les États-Unis.

D’après César Ducruet et Bruno Marnot (2016). Traffic des trente premiers ports du monde en 1890 par ordre d’importance.

1. Londres 16. Marseille
2. Liverpool 17. Newport
3. Buenos Aires 18. Gênes
4. New York 19. Philadelphie
5. Cardiff 20. Cadix
6. Hambourg 21. La Barbade
7. Montevideo 22. Le Havre
8. Sunderland 23. Hull
9. Rosario 24. Sydney
10. Rio 25. Lisbonne
11. Glasgow 26. Valparaiso
12. Anvers 27. La Nouvelle Orléans
13. Calcutta 28. Barcelone
14. San Francisco 29. Rotterdam
15. Pensacola 30. Melbourne

Le Royaume-Uni

Le football s’est évidemment développé dans le Royaume-Uni avant de s’exporter. Dès lors, est-il utile de s’interroger sur les villes portuaires anglaises dans ce processus de diffusion ? Six d’entre elles sont concernées : Londres, Liverpool, Cardiff, Sunderland, Glasgow et Hull. En réalité, le folk football, c’est-à-dire le football non codifié, s’est propagé dans de nombreuses régions des Îles britanniques bien avant l’écriture des règles et la création de la fédération anglaise de football (la Football Association) en 18637. Dans toutes ces villes c’est sans doute moins le rayonnement économique par le biais des échanges portuaires qui favorise l’implantation du football association (pour le dissocier du football rugby) dans le dernier xixe siècle que la construction d’un réseau ferroviaire bien ramifié8. C’est effectivement par ce moyen de transport que la tenue de rencontres entre équipes éloignées peut s’effectuer et se multiplier après la naissance de la Cup en 1871 puis des championnats professionnels à partir de 1888. De même, dans des villes comme Glasgow, surnommée « la capitale du football du xxe siècle9 », la construction d’un tramway à partir de 1871 facilite le déplacement des joueurs mais également des supporters10. Le football y est tellement populaire qu’en 1900, il existe dans la région du centre de l’Écosse autour de Glasgow un club de football pour 160 habitants mâles âgés de 15 à 29 ans11. Un engouement similaire est perceptible à Cardiff, où on dénombre 220 équipes de football en 189012. Les circulations non maritimes permettent le recrutement de joueurs gallois et surtout écossais des clubs anglais plus riches, donc financièrement attractifs. À la création du Liverpool FC en 1892, lors de la saison inaugurale du club, les onze joueurs titulaires du club sont des Écossais13. Ces migrations intérieures des joueurs se multiplient à la fin du xixe siècle à tel point que le football est devenu le « people’s game14 ». De ce fait, un nombre considérable d’Anglais mâles sont acculturés à cette pratique qui n’était à ses débuts qu’un « gentleman’s game ». Il ne faut pas négliger ce facteur, dans la mesure où les marins en provenance des ports anglais, mais également les négociants qui font des affaires dans d’autres cités portuaires autour du globe, deviendront les passeurs culturels15 de ce sport. À la fin des années 1800, le développement industriel a transformé Glasgow et l’estuaire de la Clyde qui vit de la prospérité de ses industries sidérurgiques et métallurgiques16. La ville de Liverpool a elle aussi profité du drainage de la Clyde pour devenir un pôle mondial de la construction ferroviaire17. Quant au port de Sunderland, son activité économique a contribué à l’émergence de nombreux clubs. Si le Sunderland Association Football Club fondé en 1879 est l’une des équipes phares du championnat professionnel anglais dans les années 1890, d’autres clubs voisins émergent dans le district de Tyne, Wear and Tees dans le bassin houiller, dont les pionniers sont Tyne Association et Newcastle Rangers dès la fin des années 187018. Enfin, à Hull, ce sont des membres du Hull Cricket Club qui veulent occuper leur temps libre lorsqu’ils ne peuvent s’adonner à leur passe-temps favori et fondent une section football, qui prend le nom de Hull Football Club en 187919. Ce procédé n’est d’ailleurs pas rare, dans la mesure où d’autres joueurs de cricket en viennent à fonder des sections football pour occuper leur temps libre à la morte-saison.

Le football s’est donc développé au Royaume-Uni sans avoir à dépendre de l’activité portuaire, même s’il est indéniable que le développement économique autour des villes concernées a constitué un facteur d’accélération de la diffusion du football. En revanche, il est indéniable que l’exportation de marchandises comme le textile ou les machines depuis Liverpool, le charbon depuis Hull et Cardiff, les produits métallurgiques depuis Glasgow20, envoie marins, entrepreneurs et autres négociants exporter aussi la pratique du ballon rond dans les ports d’accueil d’autres continents. Le port de Liverpool a, par exemple, des relations privilégiées avec les États-Unis depuis le milieu du xixe siècle21, mais l’Amérique du Nord est loin de représenter le lieu exclusif des relations commerciales portuaires nouées avec la Grande-Bretagne.

L’Europe

Les ports de Hambourg, Anvers, Marseille, Gênes, Le Havre, Lisbonne, Barcelone et Rotterdam représentent le continent européen au palmarès des trente premières villes portuaires en 1890. Sont représentés des ports de l’Europe septentrionale et méditerranéenne illustrent des modalités diverses de la pénétration du football. Un des exemples les plus fameux est celui de Hans Gamper, ancien élève de l’École polytechnique de Zurich et fondateur du Football Club de Zurich en 1897. Il fonde le FC Barcelone en 1899 après s’être associé avec des employés, ingénieurs ou techniciens dans l’industrie, de nationalité suisse, allemande ou anglaise, qui ont appris les rudiments du jeu durant leurs études de commerce22. Ce qui est moins connu, ce sont les circonstances de la fondation du club rival le FC Barcelona, qui devient ensuite l’Español de Barcelone, sous l’égide des immigrants du sud-ouest de l’Espagne. Ce dernier club n’accepte initialement que des joueurs de nationalité espagnole, pour marquer son allégeance à une identité castillane, par opposition aux valeurs catalanes défendues par le FC Barcelone23. Même si on ne dispose pas d’informations plus spécifiques sur les fondateurs de l’Español de Barcelone, on perçoit que des hommes de convictions différentes ont contribué à la diffusion du football en Catalogne par le truchement d’équipes elles aussi différentes. Cet élan ne se limite pas à ces clubs vedettes et a même été anticipé quelques années auparavant. Ainsi, à partir de 1892 déjà, on dénombre dix associations qui pratiquent le football à Barcelone, et ensuite 48 entre 1900 et 1903. Ces créations sont dues à l’importance de la colonie britannique, mais également au rôle tenu par les associations de gymnastique et de sports, qui tout comme les cricketers en Angleterre, souhaitent diversifier leurs activités à la saison creuse24. Dans la plupart des cas, les activités commerciales autour des ports, quel que soit le statut des protagonistes, favorisent la diffusion du football. Plus à l’est sur la Méditerranée, la diffusion du football en Italie s’opère de pair avec l’industrialisation des grandes villes du triangle économique de l’Italie du Nord, Milan, Turin et Gênes. Dans la péninsule italienne, les premiers clubs de football sont créés à la fin du xixe siècle par des Britanniques installés dans les métropoles du Nord, le plus souvent pour y mener leurs affaires professionnelles. Par exemple à Gênes, le Genoa Cricket and Athletic Club, fondé en 1892, ajoute en 1895 une section football à ses activités et s’ouvre l’année suivante aux citoyens italiens et aux ressortissants non britanniques25. Cette autorisation d’ouvrir à des citoyens italiens l’accès à la pratique du football donne une nouvelle dimension au club de football. De surcroît, cette initiative encourage les locaux à fonder leurs propres sociétés. Ainsi, la Sampierdarenese et l’Andrea Doria, deux sociétés de gymnastique, pratiquent le football dès 189826. Il est acté que l’activité portuaire a eu une importance primordiale dans le développement du football, dans la mesure où les promoteurs de ce sport se recrutent au sein d’une population cosmopolite installée dans des ports comme Gênes où « une importante colonie anglaise, composée d’hommes d’affaires, d’agents consulaires, de commerçants internationaux, était tellement attachée à la cité ligure qu’elle s’y installa définitivement27 ». Ici, moins que le football apporté par des marins ou des hommes de mer, c’est davantage sous l’influence de la colonie anglaise déjà installée à Gênes que le football se propage. Cette dernière ouvre ses portes à d’autres diasporas, telles que la colonie suisse, comme c’est le cas pour la fondation du Genoa Cricket and Football Club en 1893 où le Dr Spensley est accompagné par des Suisses romands, les frères Pasteur28.

Dans une Europe plus septentrionale, le football semble démarrer entre le milieu des années 1870 et le début des années 1880. Au Pays Bas, le premier club recensé paraît être le Haarlemsche FFC, fondé après 1870 par Wim Mulier, un étudiant revenu d’Angleterre. De même en Belgique ce sont des étudiants des collèges anglais de Bruges, Bruxelles et Anvers qui propagent le jeu à partir des années 1860, sans que les règles du football association ne soient encore définitivement fixées29. Au chapitre des villes portuaires, Anvers voit la création de l’Antwerp FC en 1880, alors qu’à Rotterdam le premier club identifié est le Sparta qui voit le jour en 1888, suivi par Vollharding et Olympia, respectivement en 1895 et 1896. Quinze années plus tard, la ville de Rotterdam compte dix-sept clubs30. À Anvers, ce sont des expatriés britanniques, établis sur place depuis les années 1850, qui fondent l’Antwerp. Ce dernier est le tout premier club de football officiellement enregistré en Belgique. Un des premiers présidents est Oskar Molkau, représentant d’une société maritime établie à Hambourg, qui dirige le club de 1900 à 190631. Le Beerschot, autre club phare de la ville, est fondé en 1899. Un peu plus à l’est, le football est introduit en Allemagne dans les années 1870-1880 par des immigrants anglais, souvent des étudiants, qui, à l’occasion, demandent à de jeunes Allemands de participer à leurs matchs lorsqu’ils sont en manque d’équipiers ou d’adversaires32. Ici, l’apparition du football autour de Hambourg doit sans doute moins à l’activité portuaire qu’au rôle joué par des enseignants qui se sont acculturés lors d’un séjour outre-Manche. Le ballon rond apparaît pour la première fois en 1875 par l’entremise du Johanneum, une école privée située à Lüneburg à proximité de Hambourg. L’un des enseignants, Wilhelm Görges, avait été initié dès les années 1860, à l’occasion de son séjour à Lancy, près de Genève. De surcroît, la présence à l’été 1875 de Richard Ernest Twopeny, un ancien étudiant de Marlborough College en renforce la pratique. Un premier match est arrangé contre une équipe de Hamburg à l’automne 187533. Mais ce type de football n’est pas encore institutionnalisé, dans la mesure où il faut attendre presque deux décennies avant la création du Hamburg-Altonaer Fußball-und Cricket Bund en 1894. Ici également, les circonstances de cette création demeurent obscures et il n’est pas actuellement possible de les corréler de façon catégorique à l’influence des activités portuaires de la cité hanséatique. Il est possible qu’elle participe à la diffusion du football outre-Rhin, lequel compte plus de 200 clubs et 10 000 membres trois ans après la création de la fédération allemande en 1900, le Deutscher Fussball Bund34. En revanche, il est attesté que quelques équipes allemandes disputent des matchs contre des formations étrangères. Ainsi, en 1897 et 1898, l’équipe de Copenhague bat à deux reprises un onze de Hambourg35. Des liaisons maritimes régulières avec Copenhague favorisent ce type de confrontations, grâce à la ligne de la Leith, Hull and Hamburg Steampacket Company établie en 185236. Il en va de même pour les lignes au départ de Newcastle, Hull et Édimbourg.

L’Europe méridionale fournit des exemples de processus d’implantation comparables avec ce qui se passe plus au nord. À Lisbonne, les frères Pinto Basto organisent le premier entraînement 1888 et le premier match qui consiste en un affrontement entre onze Portugais et onze Anglais en 1889. Ils fondent le Lisbonense Football Club en 1892. Ce sont des aristocrates qui ont étudié dans des pays étrangers, dont l’Allemagne et l’Angleterre, avant de devenir des thuriféraires du ballon rond dans leur pays d’origine37. D’autres équipes viendront par la suite concurrencer ce premier club, tel que le désormais fameux Benfica de Lisbonne, né en 1904 sous l’appellation Sport Lisboa e Benfica38. Quelques centaines de kilomètres plus au sud, il est un peu plus compliqué de déterminer l’origine du football à Cadix, dans la mesure où peu d’historiens se sont consacrés à cette recherche. Il semblerait que les prémices proviennent de la proximité de la ville avec Gibraltar, où une imposante colonie anglaise s'est installée dans toute la province. La présence de marins et de soldats dans l’aire de Gibraltar est un stimulant essentiel pour les activités sportives, en particulier le football. Les militaires disputent souvent des matchs entre équipes de régiments. La Ligue de football de Gibraltar voit le jour en 1895 alors que la Fédération nationale espagnole ne naît qu’en 1913 pour l’Espagne.

En 1890, par exemple, le English Club of Gibraltar organise déjà des matchs de tennis sur gazon, de football et de cricket contre le Huelva Recreation Club, situé à 140 kilomètres de Cadix et fondé en 1889 par deux Écossais. Par contre, sans que l’on ait d’explication plausible, la création d’un club à Cadix est plus tardive39, puisqu’il faut attendre 1903 pour voir la création du Football Club de Cadix. En comparaison, le premier club de la ville voisine de Séville apparaît en 1890, sous l’impulsion de jeunes gens, fils de négociants anglais.

En France, les deux villes portuaires importantes des années 1890, Marseille40 et Le Havre, voient le football s’implanter plus précocement qu’à Cadix. En 1878, la petite communauté britannique présente dans la cité phocéenne décide de resserrer ses liens à travers la fondation d’une société sportive, l’Athletic Club qui pratique entre autres le rugby. Le président W. I. Williams, un négociant, est entouré de quelques employés de l’Eastern Telegraph. Cette création est suivie peu de temps après par celle du Sporting Club de Marseille, qui est ouvert aux natifs de Marseille et pratique essentiellement le rugby. En février 1895, les marins du steamer anglais le Caledonia proposent une rencontre de rugby aux membres du Sporting Club de Marseille, que ces derniers remportent à la surprise générale. La revanche a lieu une semaine plus tard, mais à la demande des marins anglais, selon les règles du football association. Les locaux, qui y jouent pour la première fois et découvrent les règles, s’inclinent assez largement. Néanmoins, à partir de cette date, le football association rentre dans les activités du club, sans toutefois détrôner le rugby41. En 1897, il existe trois équipes de football à Marseille. L’une d’elles, le Football Club de Marseille, qui deviendra l’Olympique de Marseille en 1899, affronte les marins britanniques du Clyde en 189842, ce qui renforce l’idée d’une acculturation plus poussée par la confrontation aux équipes du Royaume-Uni. Dans le football français, il est coutumier de considérer Le Havre comme le club doyen. Les employés de la South Western Railway qui fondent le club en 1872 jouent bien au départ selon les règles du football association43, avant de se livrer à une pratique hybride autorisant l’usage des mains et appelée par eux « combination44 ». Le club prend d’abord le nom de Football Club Havrais avant d’en changer quelques années plus tard. Il est composé d’un mélange de Havrais et de Britanniques. Les premières rencontres se déroulent contre des équipages de navires anglais45. Ainsi, que ce soit de façon directe ou indirecte, en France comme en Europe, la proximité avec la grande ville portuaire est un facteur décisif pour la diffusion du football outre-Manche.

L’Amérique latine

Un premier match de football se déroule à Buenos Aires en 1867 entre immigrants britanniques. Dans les Bosques de Palermo (bois de Palermo à Buenos Aires), un monument portant le nom des joueurs britanniques commémore cet évènement46. Il est vrai que l’immigration britannique est significative. En effet, en 1895 ce sont entre 40 000 et 50 000 expatriés du Royaume-Uni qui sont installés à Buenos Aires. Dans les années 1860, le sport pratiqué est d’abord le cricket, avant que le football ne soit également adopté dans les années 1860. C’est ainsi que le tout premier club d’Amérique latine, le Buenos Aires Football Club, naît en 186747. Mais le football se diffuse plus largement à partir des années 1880 et 1890, à partir des collèges britanniques et argentins de la capitale. Depuis le mitan du xixe siècle, les grandes familles d’éleveurs de la pampa ou les fils de l’oligarchie commerçante de Sao Paulo ou Rio étudient aussi dans les collèges anglais48 et sont amenés à pratiquer les sports au rang desquels le ballon rond figure en bonne place. Par rapport à l’Europe, l’institutionnalisation du football est plus précoce49, ainsi qu’en témoigne la création de l’Argentine Football Association et du premier championnat en 189350. Mais le football essaime aussi en province. En 1889, les ouvriers anglais forment à Rosario le Central Argentine Railway Athletic Club. Mais les « anciens » étudiants autochtones sont également amenés à fonder des clubs, comme ce sera aussi le cas en Uruguay et au Brésil. Ils sont relayés par des courtiers, agents d’assurances et techniciens d’origine européenne qui sont les agents de la deuxième phase d’industrialisation51. En effet, à Buenos Aires notamment, davantage que l’activité commerciale autour du port, il ne faut pas négliger le facteur de l’immigration : un million d’immigrants débarque à Buenos Aires entre 1901 et 1910. En 1907, on compte dans la ville environ 300 clubs équipes, « contribuant à forger une identité et à soutenir les barrios populaires », qui sont des synonymes de résistance au monopole britannique52. Parmi les plus renommés, on peut souligner les créations de River Plate (1901), du Racing Club (1903), d’Argentinos Juniors (1904), de Boca Juniors et d’Independiente (1905), de San Lorenzo (1908) et de Velez Sarsfield (1910).

L’influence des expatriés britanniques est évidente au Brésil et en Uruguay. Dans ces deux pays, deux hommes sont considérés comme les « pères fondateurs » respectifs du football. Au Brésil, le football a été introduit par des Anglais qui opèrent dans le commerce et le transport du café. Mais c’est Charles Miller, un Anglais fils d’un ingénieur des chemins de fer, qui organise en 1895 le premier match de football sur le territoire brésilien à Sao Paulo. Les joueurs sont des Britanniques, qui rejoignent le Sao Paulo Athletic Club et y ajoutent une section football en 188853. Dans un premier temps, dans d’autres villes brésiliennes, ce sont des ingénieurs et des techniciens britanniques qui importent leur mode de vie, dont le football fait partie en tant que loisir propre à la sociabilité masculine. Mais la haute bourgeoisie brésilienne, dont les enfants font des études en Angleterre, leur emboîte le pas54. En Uruguay, à l’instar de la figure de Charles Miller au Brésil, c’est William Leslie Poole qui est l’acteur décisif de la propagation du football. C’est un enseignant écossais, qui fait pratiquer le football non seulement aux enfants des expatriés mais également à ceux des élites locales55. En compagnie d’autres expatriés, il est à l’origine de la création de l’Albion Football Club en mai 189156 qui lors de ses premières années d’existence refuse l’entrée aux non natifs, même si beaucoup de ses membres sont en fait des Britanniques nés sur le sol uruguayen. À Montevideo en 1899, ce sont des universitaires qui fondent le Club Nacional de Football57. Dans la foulée, en 1900, est créée l’Uruguay Association Football League qui organise le premier championnat national58.

Au Chili, l’émergence du Valparaiso FC date de 1889 et la ligue nationale de 1895. Le club de Mc Kay et Sutherland FC est fondé par les étudiants d’une école britannique, alors que le premier club officiellement enregistré est le Valparaiso FC, créé à l’initiative du journaliste britannique David N. Scott en 188959. Mais ces clubs restent élitistes. Pour contester cette hégémonie britannique et concurrencer le Valparaiso FC, le Deportes Santiago Wanderers, basé lui aussi à Valparaiso, accueille les autochtones dans un processus d’amorce de « créolisation » du football60.

En Amérique du Sud, les pionniers du football sont au moins anglophiles, sinon britanniques. L’influence portuaire, même si elle semble indirecte, reste indéniable, dans la mesure où la majorité des ressortissants britanniques qui y débarquent s’installent dans les environs pour y commercer ou y travailler. Les ports sont des passages obligés pour l’immigration de populations venues importer leurs coutumes, même si dans un premier temps ce sont les représentants de l’élite sociale qui s’y emploient.

L’Empire britannique

Le rôle fondamental du sport dans les publics schools et grammar schools anglaises est répliqué aux confins de l’empire britannique, dans les écoles de Sydney ou de Calcutta61. En Inde, même si le cricket à la faveur des populations britanniques et notamment des officiers des régiments militaires, le premier match de football association est joué au Bengale en 1868 entre les « Etonians » et le « Rest62 ». Les soldats britanniques cherchent à diversifier les rencontres sportives et donc les équipes rivales à affronter. Le développement de Calcutta leur fournit donc des adversaires parmi les commerçants, ingénieurs et fonctionnaires britanniques. En 1888, les équipes militaires disputent leur propre compétition, intitulée la Durand Cup. Cependant, dès le début des années 1880, les Bengalis ont commencé à s’initier au football dans les écoles fondées par l’occupant britannique, tel que le Presidency College63. C’est d’ailleurs à la Hare School dans les années 1880 que le jeu est introduit par le légendaire Nagenda Prasad auprès de ses condisciples64. Ce dernier, considéré comme le père du football indien à l’instar de la figure de Charles Miller au Brésil, aurait frappé le ballon du pied pour le renvoyer à un groupe de soldats britanniques qui s’entraînaient dans la région de Calcutta65. Nagendra Prasad fonde en 1887 le Sovabazar Club, ouvert à tous et non plus uniquement réservé aux résidents britanniques. Deux ans après cette impulsion décisive est disputée la première compétition acceptant les Indiens : la Trades Cup, dont la première édition est remportée par Sovabazar face à des équipes de régiment en 189266. Cette même année, Nagendra Prasad réunit les dirigeants des clubs « européens » tels que le Calcutta FC ou le Dalhousie Club pour former la première fédération indienne de football, l’Indian Football Association dont les membres du comité directeur demeurent cependant des Européens67.

Plus au sud de l’empire britannique, les processus d’implantation du ballon rond en Australie sont non seulement quelque peu différents, mais également plus diversifiés. L’Australie accueille d’abord des bagnards avant une population britannique bénéficiaire d’une immigration assistée68. De l’année 1861 à l’année 1900, son solde migratoire est positif de 766 000 personnes, dont une immense majorité de Britanniques69, attirés par la ruée vers l'or puis le développement des chemins de fer. À Melbourne, la ville se développe autour d’associations fréquentées par la middle class, qui s’occupent aussi bien des dimensions professionnelles du travail que des temps de loisir. Dans un premier temps, les clubs de cricket sont les plus représentatifs des passe-temps en vigueur. Mais ensuite, lorsque le Melbourne FC est formé en 1859, il s’inscrit dans le cadre d’une culture britannique qui lui préexiste, tout comme c’est le cas pour le football pratiqué dans la mère patrie à Sheffield ou à Nottingham par exemple70. En revanche, parce que le football apparaît en même temps que la ville, ou plutôt que son expansion, il devient un élément de culture à part entière. De surcroît, lorsque deux journalistes associés à Tom Wills, fils d’un propriétaire terrien, fondent le Melbourne FC au retour du dernier nommé après ses études à Rugby School71, ils écrivent également un nouveau règlement pour cette pratique du football. Cet épisode se déroule quatre ans avant la rédaction des règles du football association à la Freemason’s Tavern de Londres. Et parce que l’attrait de Melbourne est tel, les villes voisines de la province adoptent le règlement de ce sport qui deviendra le football australien. Il est possible que si Wills et ses acolytes avaient écrit les règles quatre années plus tard, la région et la ville de Melbourne auraient pu adopter celles du football association, ainsi que le ballon rond en tant que tel72. Le premier match disputé en Australie selon les règles du football association l’aurait été à Sydney en 1880, par une équipe qui prend le nom de Wanderers. Nous employons le conditionnel car, selon l’historien Ian Syson, des rencontres antérieures se seraient disputées en Tasmanie à la fin des années 187073. À Sydney, les rencontres perdurent jusqu’en 1883. Leur promoteur, John Walter Fletcher, pense contenter des membres de multiples associations écossaises ou anglaises, dont des anciens de Harrow ou Eton. Mais le football association ne se pérennise pas dans l’immédiat, peut-être parce que la concurrence du football australien, pratiqué selon les « Victorian rules », est trop forte74.

Dans l’Empire britannique, à Calcutta, Sydney ou Melbourne, l’influence portuaire en matière d’importation du football se perçoit en termes d’entrée sur le territoire. Le port est le premier lieu ou l’immigrant pose le pied, qu’il soit colon, soldat ou bagnard. Dès lors, même si ensuite des personnalités jouent un rôle capital dans la dissémination du ballon rond (ou d’une autre forme en Australie), le facteur portuaire reste décisif.

Les États-Unis

Le développement du football association aux États-Unis se fait aussi autour des principales villes portuaires identifiées en 1890 par César Ducruet et Bruno Marnot mais dans un cadre d’abord universitaire. En 1869, des étudiants américains organisent les premières rencontres entre universités qui se disputent selon les règles du football association75. Ces compétitions deviennent extrêmement populaires auprès des étudiants. Mais comme les équipes ont chacune leur propre interprétation du règlement, en octobre 1873 les universités de Yale (New Haven), Columbia (New York), Princeton et Rutgers se réunissent pour élaborer des règles communes. Ces dernières évoluent progressivement vers un jeu connu sous le nom de football aux États-Unis et de football américain dans le reste du monde. Cette forme de pratique se répand dans les universités, alors que le baseball conquiert les écoles et la société américaine, alors qu’en comparaison, l’implantation du football association est un échec relatif, qualifié par Andrei S. Markovits et Steven L. Hellerman « d’exceptionnalisme américain76 ». En effet, le pays reste l’un des rares où le football ne s’est pas implanté massivement, au moins au sein de la population masculine.

Cependant, le football n’a pas totalement disparu des États américains après 1880. En effet, une compétition nommée American Cup est créée en 1885 et couronne des vainqueurs jusqu’en 1929. On y retrouve au palmarès une équipe de New York, finaliste en 1885. D’autres formations new-yorkaises aux noms plus affirmés sont présentes au palmarès, ce qui laisse penser que le football association s’est malgré tout développé, même modestement, à l’ombre du football américain. Ainsi, les Brooklyn Longfellows sont-ils défaits en finale en 1891 alors que les New York Thistles sont vaincus au même stade de la compétition en 1892 et 1893 et que les Philadelphia Manz la remportent en 1897. Il est fort envisageable que les Thistles (les chardons) soient issus de la diaspora écossaise. À Philadelphie se crée en 1889 une ligue de football association dans laquelle jouent de nombreux immigrés britanniques qui travaillent dans les usines textiles. Des équipes aux noms évocateurs d’Oxford, Scottish Americans, Philadelphia Thistles, ou Kearney Athletics y prennent part, témoignant de l’origine des participants77. La première ligue professionnelle de soccer (un jargon anglais rapidement adopté outre-Atlantique pour désigner le jeu) voit le jour à Philadelphie en 1894. En réalité, ce sont les propriétaires des équipes professionnelles de baseball qui désirent offrir une visibilité à leur équipe lors de la morte-saison, et tirer en même temps quelques bénéfices financiers, qui ont effectué ce lancement78. D’ailleurs, les six équipes de football conservent le nom de la formation originelle de baseball : Brooklyn Bridgegrooms, Baltimore Orioles, Boston Beaneaters, New York Giants, Philadelphia Phillies et Washington Senators. Mais l’expérience est de courte durée et devant le peu de succès rencontré, elle n’est pas reconduite la saison suivante. Cependant, on peut constater que les équipes proviennent des grandes villes américaines, dont certaines comme New York et Philadelphie recèlent des ports d’envergure où s’échangent les marchandises et par lesquels transitent les immigrants. Mais les zones portuaires permettent plus pragmatiquement la pratique du football association, dans la mesure où il n’est pas rare de voir des équipages de marins britanniques affronter des équipes américaines. Ainsi, entre 1890 et 1905 ne se disputent pas moins de 156 matchs joués entre ces équipages et des équipes locales, dans des lieux comme New York, le New Jersey, Rhode Island, le Massachussetts, l’Oregon, la Californie, Hawaii ou le Texas79.

Plus au sud, sans que l'on dispose d'informations précises sur d'autres États, la California Football League et la Western League ainsi que d’autres associations fusionnent pour donner naissance à la California Football State Association en 1902. Le ballon rond semble donc y émerger plus tardivement que dans le Nord-Est80. Enfin, les données de l’American Soccer History Archives font apparaître des créations d’équipes de soccer ou football association recensées depuis leur première apparition81. La première équipe enregistrée provient de Boston, terrain d’immigration depuis les années 1820, sous le nom de East Boston Mr Dearing’s Team en 1843 et pratique une variation du kicking game. Après la rédaction des règles en 1863, parmi des dizaines d’autres équipes inventoriées jusqu’en 1874, on relève les New Orleans St Joseph’s Ass’n (1867), les New York Married and Singles (1868), les New Orleans Lonestar Baseball Team TBC et les New Orleans Robert E. Lee Baseball FBC (1869), les Empire City Club New York et les New York Irish Nationalists (1870), ainsi que la San Francisco Team (1873). On le voit, même si elles font partie d’un ensemble plus vaste qui englobe davantage d’États, les équipes fondées autour des villes portuaires sont nombreuses. Elles ne sont parfois que des sections d’un club de baseball, à l’image de celles constituées autour de clubs de cricket comme parfois en Europe, en Inde ou en Amérique latine. Certaines dénominations affichent clairement l’origine et parfois la mouvance politique des pratiquants, comme on le voit avec les New York Irish Nationalists.

Ainsi, même si le football association est très loin de se développer avec autant de visibilité que le football américain au tournant du xixe siècle, il n’en disparaît pas pour autant et est aussi pratiqué par les étudiants des high schools et des universités qui l’organisent par eux-mêmes. Mais avant tout, selon Nathan D. Abrams, le football ne disparaît pas du territoire américain parce qu’il procure aux immigrants arrivés comme travailleurs dans l’industrie un fort sentiment d’appartenance communautaire82. Ces derniers sont essentiellement des Anglais, des Écossais, des Irlandais, mais dès le début du xixe siècle on retrouve aussi des Italiens ou des Hispaniques.

Comme c’est aussi le cas en Australie, le ballon rond se développe bien moins que le nouveau code national, le football américain. Pourtant, même dans les années 1890, il ne disparaît pas. L’influence de l’activité portuaire dans sa diffusion reste marquée, même si ce sont parfois les fils d’anciennes générations d’immigrants qui œuvrent à la création des équipes et à la diffusion du football association.

Conclusion

Notre propos ne prétendait pas à l’exhaustivité. Cependant, à partir de la liste de César Ducruet et Bruno Marnot, nous avons illustré par de nombreux exemples les liens qui existent entre activités portuaires et implantation et dissémination initiale du football. Ces relations étroites concernent plusieurs continents. Si, en suivant Bruno Marnot, les activités portuaires maritimes alimentés par les trafics intercontinentaux sont l’une des manifestations les plus visibles de la première mondialisation entre 1850 et 191483, on peut ajouter que le football y apporte incontestablement son écot. Néanmoins, une certaine part de mythe à propos de la « scène primitive » qui campe des marins et des expatriés britanniques jouant au football devant des autochtones étonnés puis séduits doit être déconstruite. Parfois effectivement, des marins affrontent des équipes d’autochtones, mais le plus souvent ces équipes sont déjà constituées par des immigrants d’origine britannique, comme c’est le cas aux États-Unis ou à Marseille par exemple. Il s’agit en l’occurrence d’adversaires déjà préalablement acculturés à la pratique du football, ou au moins aux sports anglais. Bien entendu, le rôle tenu par les immigrants, britanniques le plus souvent, suisses parfois, en provenance d’autres pays européens plus rarement, doit être mis en exergue. Ils constituent des associations informelles puis institutionnalisées et aptes à propager la dissémination de ce sport à Marseille, au Havre, à Barcelone, Cadix, aux États-Unis et en Australie.

Il reste aussi à insister davantage sur le rôle tenu par plusieurs catégories majeures dans le processus de diffusion du football. Tout d’abord, ceux qui ont joué le rôle de « père du ballon rond », de parrain ou de passeur culturel, tels que Hans Gamper à Barcelone, Wilhelm Görges et Richard Ernest Twopeny à Hamburg, le Dr Spensley et des immigrants suisses à Gênes, les frères Pinto Basto à Lisbonne, Charles Miller à Sao Paulo, William Leslie Poole à Montevideo, Nagenda Prasad à Calcutta et d’autres encore que nous n’avons pas mentionnés. Certains sont des enseignants, mais tous ont en commun d’avoir été élèves dans des Public Schools anglaises. On ne peut de surcroît occulter dans certains cas le rôle tenu par les militaires dans la diffusion du football, comme à Calcutta, à Gibraltar et donc avec un temps de latence à Cadix.

En 1890, le processus de diffusion du football hors des Îles britanniques n’en est qu’à ses débuts. Dans certains cas, l’activité portuaire a permis de l’amorcer depuis quelques années déjà, dans d’autres elle contribuera à son accélération. Mais il est certain qu’à travers les activités économiques qu’elle engendre, les flux migratoires qu’elle valide, elle est un agent majeur de la diffusion du football à l’échelon planétaire, ainsi qu’en témoignent nos exemples dans les trente plus grands ports du monde.

Notes

1 Alfred Wahl, La balle au pied. Histoire du football, Paris, Gallimard, 1990. Return to text

2 Paul Dietschy, Histoire du football, Paris, Perrin, 2010, p. 92. Return to text

3 Ibid. Return to text

4 Tony Collins, How Football Began. A Global History of How the World’s Football Codes Were Born, London and New York, Routledge, 2019, p. 167. Return to text

5 César Ducruet et Bruno Marnot, « Analyser les trafics portuaires mondiaux en 1890 et 1925 à partir des registres du Lloyd’s », in GIS d’histoire maritime, La maritimisation du monde de la préhistoire à nos jours, Paris, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2016, p. 382-398. Return to text

6 Henry Rees, « Lloyd’s List as a Source of Port Study in Schools », Geography, 40, 1955, p. 249-254. Return to text

7 Tony Collins, How Football Began. A Global History of How the World’s Football Codes Were Born, op. cit., p. 167. Return to text

8 Mike Huggins and John Tolson, « The Railways and Sport in Victorian Britain. A Critical Reassessment », The Journal of Transport History, 22, 2001, p. 99-115. Return to text

9 Tony Collins, How Football Began. A Global History of How the World’s Football Codes Were Born, op. cit., p. 47. Return to text

10 Ibid. Return to text

11 Matthew L. McDowell, A Cultural History of Football in Scotland, 1865-1902, New York, Edwinn Mellen Press, 2013. Return to text

12 Gwynn Prescott, The Birth of Rugby in Cardiff and Wales: “This Rugby Spellbound People”, Cardiff, Ahley Drake Publishing Ltd, 2011. Return to text

13 Alan McDougall, Contested Fields. A Global History of Modern Football, Toronto, University of Toronto Press, 2020. Return to text

14 James Walvin, The People’s Game: A Social History of British Football, London, Allen Lane, 1975. Voir aussi Claude Boli, « Ken Loach et James Walvin », Football(s), Histoire, culture, économie, société, 2023, 2, p. 151-154. Return to text

15 Paul Dietschy, « Éditorial », Football(s), 3, 2023, p. 11-12. Return to text

16 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 82. Return to text

17 Ibid. Return to text

18 Paul Joannou, « Football Grows Far and Wide in the North East. Development to 1890 and the Creation of the Northern League », in Graham Curry (ed.), The Early Development of Football, Londres, Routledge, 2019, p. 140-154. Return to text

19 David Goodman, Hull City. A History, Stroud, Amberley Publishing, 2014. Return to text

20 Joachim H. Schultze, Die Häfen Englands. Eine wirtschaftsgeographische Untersuchung der Schiffahrtszentren in Großbritannien, Leipzig, Deutsche wissenschaftliche Buchhandlung, 1930. Return to text

21 Guy Saupin, « Mondialisation et modification de la hiérarchie des grands ports de commerce, mi xviie-mi xixe : une comparaison entre la France, l’Espagne et la Grande-Bretagne », colloque Nuevo Mundo Mundos Nuevos [en ligne], mis en ligne le 16 décembre 2016. https://doi.org/10.4000/nuevomundo.69920. Return to text

22 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 112. Return to text

23 Hunter Shobe, « Place, Identity and Football: Catalonia, Catalanisme and Football Club Barcelona, 1899-1975 », National Identities, 2008, vol. 10, n° 3, p. 335. Return to text

24 Xavier Torebadella Flix, « Orígenes del fútbol en Barcelona (1892-1903) », Revista Internacional de Ciencias del Deporte, 2012, 27, p. 93. Return to text

25 Pierre Lanfranchi, « La réinvention du foot en Italie », Sociétés & Représentations. Football & Sociétés, n° 7, 1998, p. 50-51. Return to text

26 Ibid., p. 52. Return to text

27 Antonio Ghirelli, Storia del Calcio in Italia, Turin, Einaudi, 2014 (nouvelle édition). Return to text

28 Alfred Wahl, La balle au pied. Histoire du football, op. cit., p. 112. Return to text

29 Ibid. Return to text

30 Nicholas Piercey, Four Histories about Early Dutch Football. 1910-1920, Londres, UCL Press, 2016. Return to text

31 Voir l’article de Xavier Breuil dans ce numéro. Return to text

32 Christiane Eisenberg, « Les origines de la culture du football en Allemagne », Sociétés & Représentations. Football & Sociétés, 1998, n° 7, p. 33. Return to text

33 Hans-Peter Hock, « The Beginnings of Football in Germany in Light of Contemporary Sources », in Graham Curry (éd.), The Early Development of Football. Contemporary Debates, op. cit., p. 29-31. Return to text

34 Christiane Eisenberg, « Les origines de la culture du football en Allemagne », art. cit., p. 33. Return to text

35 Alfred Wahl, La balle au pied. Histoire du football, op. cit., p. 48. Return to text

36 Matthew L. McDowell, « Scottish Footballers in Denmark, 1898-1914. Part one: Queen’s Park at the International Festival of Gymnastics in Copenhagen, May-June 1898. A team Sheet ». On line. https://scottishleisurehistory.wordpress.com/2013/08/28/scottish-footballers-in-denmark-1898-1914-part-one-queens-park-at-the-international-festival-of-gymnastics-in-copenhagen-may-june-1898-a-team-sheet/ Return to text

37 Andrew Shepherd, « The British Impact on the Development of Sport in Portugal », 47th Annual Report, British Historical Society of Portugal, 2020, p. 25-43. Return to text

38 https://slbenficafr.wordpress.com/histoire-du-club/. Return to text

39 Merci à Carlos Garcia-Marti pour sa collaboration autour de l’histoire du football à Cadix. Return to text

40 Merci à Laurent Bocquillon pour sa contribution à l’histoire du football marseillais. Return to text

41 Pierre Echinard, « La passion du sport. Un siècle de gestation à Marseille », Marseille, 184, 1998, p. 56. Return to text

42 https://www.om1899.com/historique-detail.php?periode=9932. Return to text

43 François Bourmaud, « Les Britanniques et les débuts du rugby en France », Football(s), n° 3, 2023, p. 15-25. Return to text

44 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 35. Return to text

45 Pascal Charitas, « La combination au Havre Athletic Club (1872-1914) : les « origines » du football-rugby ? », Études Normandes, 60e année, 1, 2011, p. 17-18. Return to text

46 Eduardo Archetti, « Tango et football dans l’imagerie nationale argentine », Sociétés & Représentations. Football & Sociétés, 1998, 7, p. 117-127. Return to text

47 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 108-109. Return to text

48 Fabien Archambault, « Le continent du football », Cahier des Amériques, 2013, 74, p. 16. Return to text

49 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 108. Return to text

50 Ibid., p. 108-109. Return to text

51 Fabien Archambault, « Le continent du football », art. cit., p. 16. Return to text

52 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 108. Return to text

53 Ibid. Return to text

54 José Sergio Leite Lopes et Jean-Pierre Faguer, « L’invention du football brésilien », Actes de la recherche en sciences sociales, 1994, 103, p. 29. Return to text

55 Mark Orton, « Ants and Cicadas: South American Football and National Identity », Midlands Historical Review, 2014, 1, p. 2. Return to text

56 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 109. Return to text

57 Fabien Archambault, « Le continent du football », art. cit., p. 16. Return to text

58 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 109. Return to text

59 Carole Gomez, « La diffusion du football en Amérique latine », Revue internationale et stratégique, 2014, n° 94, p. 154. Return to text

60 Ibid., p. 156. Return to text

61 Tony Mason, « Football on the Maidan: Cultural Imperialism in Calcutta », The International Journal of the History of Sport, 1990, vol. 7, n° 1, p. 85-96. Return to text

62 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit., p. 96-97. Return to text

63 Ibid. Return to text

64 Tony Mason and Eliza Riedi, Sport and the Military: The British Armed Forces. 1880-1960, Cambridge, Cambridge University Press, 2013. Return to text

65 Boria Majumdar, « From Recreation to Competition: Early History of Indian Football », Soccer and Society, 2005, vol. 6, n° 2-3, p. 130. Return to text

66 Paul Dietschy, Histoire du football, op. cit. p. 97-98. Return to text

67 Ibid., p. 98. Return to text

68 Collectif, « L’Australie et son peuplement. Petite histoire d’une immigration », Hommes et Migrations, 1987, 1104, p. 39-65. Return to text

69 Ibid., p. 52. Return to text

70 Tony Collins, How Football began. A Global History of How the World’s Football Codes Were Born, op. cit., p. 84. Return to text

71 https://fr.wikipedia.org/wiki/Rugby_School. Return to text

72 Ibid., p. 87. Return to text

73 Ian Syson, « The “Chimera” of Origins: Association Football in Australia before 1880 », The International Journal of Sport History, 2013, 30, n° 5, p. 453-458. Return to text

74 Ian Syson, « The Beginnings of Soccer in Melbourne. The Eternal Recurrence of the Game », in Graham Curry (ed.), The Early Development of Football. Contemporary Debates, op. cit., p. 63. Return to text

75 Gerald R. Gems and Gertrud Pfister, Understanding American Sports, Londres, Routledge, 2009, p. 129. Return to text

76 Anderi S. Markovits and Steven L. Hellerman. Offside: Soccer and American Exceptionalism, Princeton, Princeton Univeristy Press, 2001. Return to text

77 https://phillysoccerpage.net/2010/12/23/christmas-soccer-in-1890s-philadelphia/. Return to text

78 John Nauright, « Towards the Expansion of the Place of Cricket, Rugby and Soccer in United States Sporting History », International Journal of the History of Sport. Special Issue: The Lives (and Deaths) of American Sporting Pastimes, 2014. Return to text

79 https://www.ussoccerhistory.org/sailor-lads-jolly-tars-and-rovers-of-the-briny-deep-international-ship-crew-soccer-matches-in-the-us-1890-1905-part-1/. Return to text

80 https://soccerhistoryusa.org/asha/sanfrancisco.html. Return to text

81 https://www.ussoccerhistory.org/ASHA/ASHA/. Return to text

82 Nathan D. Abrams, « “Inhibited” but not “Crowded out”: The Strange Fate of Soccer in the United States », The International Journal of the History of Sport, décembre 1995, 12, n° 3, p. 1-17. Return to text

83 Bruno Marnot, La mondialisation au xixe siècle (1850-1914), Paris, Armand Colin, 2012. Return to text

References

Bibliographical reference

Laurent Grün, « Flux maritimes et dissémination du ballon rond (1890-1925) », Football(s). Histoire, culture, économie, société, 4 | 2024, 15-30.

Electronic reference

Laurent Grün, « Flux maritimes et dissémination du ballon rond (1890-1925) », Football(s). Histoire, culture, économie, société [Online], 4 | 2024, 24 May 2024 and connection on 20 July 2024. Copyright : Licence CC BY 4.0. DOI : 10.58335/football-s.596. URL : https://preo.u-bourgogne.fr/football-s/index.php?id=596

Author

Laurent Grün

Docteur en histoire (CRULH, EA 3945)

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