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Martine Auzou, Une société sans exclusion : l'école , Lyon, Parangon / Vs, 2010, 120 p. préface d'Angélique Del Rey.

Jean-Guillaume Lanuque

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1Ce petit opuscule est le témoignage d'une ancienne institutrice désormais à la retraite, ayant exercé entre 1971 et 2008 en écoles primaires et maternelles, avec des classes souvent difficiles (ZEP, gens du voyage, handicapés, classe unique de sept niveaux…). Avec comme références invoquées John Dewey (sociologue réputé qui fut la cheville ouvrière du comité ayant dédouané Trotsky des accusations émises lors des procès de Moscou), Paolo Freire et Célestin Freinet, Martine Auzou défend une vision de l'éducation que l'on pourrait qualifier de libertaire, celle d'une école démocratique et égalitaire. Refusant tout système de notation, elle privilégiait l'auto et la co évaluation, la solidarité collective plutôt que l'individualisme et la compétition. Visant à développer au maximum l'autonomie de ses élèves, elle organisait ainsi un conseil d'enfants chaque début de semaine, et encourageait les exposés sur des sujets libres, au fil des envies.

2La vision est généreuse et ambitieuse, mais si bon nombre de pistes sont à retenir (l'ouverture de l'école -mais pas aux entreprises, bien sûr-, la nécessité du lien permanent avec l'engagement citoyen, ou la nécessité d'années de pause dans la carrière d'enseignant), il n'en reste pas moins que certains développements apparaissent discutables. Passons rapidement sur la Finlande qui encouragerait à abandonner le système de notation du fait de son meilleur classement supposé par rapport à la France (qui élabore ce classement, et avec quelles finalités ?), pour insister sur d'autres points délicats. Outre que le tableau semble parfois un peu trop idyllique, manquant d'exposés plus complets sur la façon d'enseigner et les problèmes inévitablement rencontrés, Martine Auzou postule une certaine maturité de tous ses élèves leur permettant de répondre à ses sollicitations, et un nombre nécessairement réduit d'élèves afin de mettre en place un accompagnement personnalisé, qui ressemble en partie à cette fameuse pédagogie différenciée tant vantée dans les discours, et tellement peu praticable dans la réalité.

  • 1 Elle rappelle également que sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, Haby étant ministre de (...)

3Car l'auteure le dit elle-même, les politiques de réformes néo-libérales dans l'éducation, sous couvert d'un discours récurrent de crise et de faillite de l'école (un discours déjà entonnée, ainsi qu'elle le souligne, il y a plus de trente ans1), ne vont absolument pas dans le sens envisagé ici ; et cette liberté pédagogique que Martine Auzou défend à raison, condamnant les inspections notées telles qu'elles se pratiquent, risque fort de se réduire dans le même temps où le pouvoir des chefs d'établissement ira croissant. De même, elle pointe avec justesse la capacité de récupération et de détournement d'un discours émancipateur par un pouvoir au service des possédants, ainsi de la pédagogie par projets qu'elle pratiquait et qui devient un des fils directeurs de la remise en cause actuelle des cadres nationaux. C'est justement là un autre élément discutable de la priorité qu'elle défend d'une transmission pour tous, égalitaire, basée sur l'« égalité des intelligences » (Jacques Rancière), sans emplois du temps ni programmes : si l'élève, et de manière plus générale l'enfant, peut assurément être acteur de son éducation, il ne peut tout élaborer seul ni surtout se passer de références fiables et universelles. On le voit, un tel livre est une contribution et une invitation au débat, qui doit encourager les luttes que Martine Auzou juge plus faibles qu'autrefois, résultat de la concurrence prônée par les décideurs…

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Notes

1 Elle rappelle également que sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, Haby étant ministre de l'éducation, un projet de fichage des très jeunes enfants, GAMIN (sic), avait été envisagé.

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References

Electronic reference

Jean-Guillaume Lanuque, « Martine Auzou, Une société sans exclusion : l'école , Lyon, Parangon / Vs, 2010, 120 p. préface d'Angélique Del Rey. », Dissidences [Online], Politique et société en France, Online since 30 August 2012, connection on 29 May 2022. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=559

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