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Nelson Lichtenstein et Susan Strasser, Wal Mart. L'entreprise-monde, Paris, Les Prairies ordinaires, 2009, 128 p. (Penser / Croiser).

Jean-Guillaume Lanuque

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1Ce petit opuscule s'inscrit dans la veine des études, privilégiées par Mike Davis, sur le capitalisme contemporain et ses conséquences sur le tissu urbain (voir chez le même éditeur Paradis infernaux , chroniqué sur ce site), avec comme sujet Wal Mart, la plus grande entreprise mondiale. Deux articles sont en réalité juxtaposés, une introduction en prime.

2Le premier, de Nelson Lichtenstein, s'intéresse à « Wal-Mart : un modèle pour le capitalisme du XXIème siècle ». L'entreprise leader en grande distribution combine en effet des valeurs traditionnelles chrétiennes et l'utilisation d'une technologie hyper sophistiquée et centralisée à partir de Bentonville, dans l'Arkansas, siège de la société ; à tel point que l'on pourrait aller jusqu'à voir en Wal-Mart un prototype d'entreprise totalitaire. L'auteur montre bien que Wal-Mart s'est construite contre « l'Amérique du New Deal », trouvant dans l'idéologie du néo libéralisme un cadre idéal. Les prix bas sont en effet obtenus par l'exploitation d'une main d'œuvre mal payée (dont une partie doit par contrecoup bénéficier d'aides de l'Etat pour vivre !), interdite de se syndiquer (les employés y sont des « associés » !), et au turn over considérable annulant en grande partie les possibilités d'intéressement promises ; Wal-Mart réutilise même le retournement carnavalesque durant le meeting annuel de l'entreprise, alors que les écarts de salaires entre le bas et le haut de l'échelle sont croissants… Surtout, Lichtenstein insiste sur le fait que Wal-Mart est plus qu'un simple détaillant, contribuant, par sa volonté de contrôle des approvisionnements, à la prolétarisation industrielle du monde, loin de toute externalisation. On reste toutefois sur notre faim quant à ses efforts d'implantation en Europe, son échec en Allemagne étant un des trop rares cas développés (quid de la France  ?). Il est donc assez surprenant de voir que les réformes proposées en conclusion demeurent finalement bien timides : simplement de meilleures conditions de travail, plus de démocratie sociale, sans aucune remise en cause de fond…

3Le second texte s'intéresse à « De Woolworth à Wal-Mart : la marchandisation de masse et l'aventure de la culture consumériste ». Susan Strasser y retrace la mise en place de la société de consommation aux Etats-Unis depuis la fin du XIX ème siècle à travers les grands magasins et la VPC , et l'apparition de techniques reprises par Wal-Mart, à commencer par le rôle décisif de la publicité ou la rotation des stocks ; au passage, l'importance des aides publiques pour le développement de la firme de Sam Walton est soulignée. Un rappel historique utile, en particulier concernant les luttes menées contre cette évolution, montrant bien que Wal-Mart, pas plus qu'une autre entreprise, n'est éternelle. Tout au plus pourra-t-on trouver cette étude partiellement plus distante vis-à-vis du sujet annoncé par le titre du livre… Mais le principal regret est de ne bénéficier que de deux études extraites d'un ouvrage daté de 2006 , plus consistant , en langue anglaise et tout entier dédié à Wal Mart, et dont on ne connaîtra pas les raisons ayant poussé l'éditeur à ne pas le traduire en totalité…

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References

Electronic reference

Jean-Guillaume Lanuque, « Nelson Lichtenstein et Susan Strasser, Wal Mart. L'entreprise-monde, Paris, Les Prairies ordinaires, 2009, 128 p. (Penser / Croiser). », Dissidences [Online], Écologie, néo-libéralisme, Online since 06 December 2012, connection on 27 October 2020. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=497

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