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TRAVAUX EN COURS

Eloy de la Iglesia : un cinéma en marge

Laureano Montero

Full text

1Le réalisateur espagnol récemment disparu Eloy de la Iglesia (1944-2006) est l’auteur de 22 long-métrages réalisés entre 1966 et 2003. Sa vaste filmographie permet de comprendre l’évolution du cinéma espagnol et les changements fondamentaux intervenus dans la société au cours de cette période décisive de l’histoire de l’Espagne contemporaine. Dans cette recherche, nous nous proposons d’analyser le cinéma d’Eloy de la Iglesia sous l’angle de la transgression, un axe essentiel qui donne sa cohérence à l’œuvre du cinéaste au-delà de la diversité générique, thématique ou esthétique présente dans ses films. Notre corpus prendra en compte l’ensemble de sa filmographie. En effet, l’ensemble de la production d’Eloy de la Iglesia n’a jamais jusqu’à présent fait l’objet d’une analyse globale.

2Nous partirons de son statut à part dans le contexte du cinéma espagnol. Cinéaste autodidacte, en marge des principaux courants et des tendances esthétiques dominantes, il a pu mener à bien une œuvre personnelle et prolifique, à cheval entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, intégrée dans l’industrie cinématographique mais traitant toujours de sujets tabous ou polémiques. Nous allons présenter le parcours singulier de ce réalisateur et situer son œuvre dans le contexte cinématographique et sociopolitique de l’Espagne de la deuxième moitié du XXe siècle. Nous aborderons tout d’abord la genèse des films. Notre but sera d’offrir une étude de sa vaste filmographie dans une perspective à la fois diachronique et synchronique pour tenter de définir les grandes étapes de la carrière du réalisateur ainsi que les axes fondamentaux de son œuvre cinématographique. Nous nous intéresserons aussi à la réception de l’œuvre par le public et par la critique. Plébiscités par les spectateurs, les films d’Eloy de la Iglesia ont été éreintés par une grande partie de la critique y compris de gauche, avec une exception notable, la revue Contracampo, porte-parole de la cinéphilie la plus exigeante qui, contre toute attente, va défendre son cinéma.

3La marginalité sous toutes ses formes est une thématique au cœur de sa réflexion sur les rapports entre l’individu et une société répressive. D’autre part, cette interrogation sur l’identité de l’homme au sein de la société le conduit également à réfléchir sur la place de l’individu au sein de groupes sociaux plus restreints, comme le couple et la famille. Dans tous les films d’Eloy de la Iglesia, on trouve des personnages qui transgressent les règles sociales ou morales imposées ou communément admises par la majorité. S’écarter de la norme, la remettre en cause, est une façon de proclamer sa liberté individuelle.

4Enfin nous nous intéressons à la dimension politique des films d’Eloy de la Iglesia. Sous la dictature, le réalisateur se sert des genres traditionnels et de leurs conventions pour faire la critique de la société franquiste. Avec l’assouplissement puis la disparition de la censure, par décret royal du 11 novembre 1977, le cinéaste abandonne l’allégorie et le film de genre pour un langage cinématographique plus direct, au service d’un message idéologique clair. Il peut désormais critiquer sans détours la réalité politique du moment. La Transition est une période d’intense activité pour le réalisateur : entre 1975, l’année de la mort du dictateur, et 1982, date de la victoire du PSOE aux élections législatives, il réalise pas moins de dix films. A l’exception de El sacerdote, dont l’action est située dans les années 60, toutes ses autres réalisations s’inscrivent explicitement dans la contemporanéité la plus immédiate, alors qu’à la même époque, beaucoup de cinéastes s’attachent à revisiter et à exorciser un passé que le régime franquiste avait longtemps occulté ou déformé. Pris dans leur ensemble, ces films nous offrent une chronique de cette époque complexe. Eloy de la Iglesia y développe un regard critique et provocateur sur une Transition jugée incomplète et insuffisamment démocratique et l’associe à un cinéma commercial et populaire dans l’objectif d’atteindre un public le plus large possible.

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References

Electronic reference

Laureano Montero, « Eloy de la Iglesia : un cinéma en marge », Textes et contextes [Online], 2 | 2008, Online since 21 November 2017, connection on 23 October 2019. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/textesetcontextes/index.php?id=156

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