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Nos archives du mois : l'altermondialisme

Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule et Nonna Mayer, L'altermondialisme en France. La longue histoire d'une nouvelle cause, Paris, Flammarion, 2005, 371 p.

Jean-Paul Salles

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Mots-clés :

Altermondialisme
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1Cet ouvrage, issu d'un colloque universitaire organisé à Paris par le GERMM (Groupe d'études et de recherches sur les mutations du militantisme) et l'Association française de science politique, est le complément indispensable du livre Radiographie du mouvement altermondialiste. Comme son sous-titre l'indique, la plupart des contributeurs se sont efforcés d'éclairer les démarches militantes actuelles en remontant dans le passé. Ainsi, l'engagement de certains paysans dans le mouvement altermondialiste vient de loin. Dès les années 1930, une organisation comme la Jeunesse catholique chrétienne (JAC), "véritable université populaire", permettait aux agriculteurs qu'elle influençait de "prendre conscience du monde"" (François Purseigle, "Le monde paysan et les sources chrétiennes de la solidarité internationale"). Après la guerre, les dominicains de la revue Economie et Humanisme poursuivent dans cette direction. Dans les années 1970, la lutte des paysans du plateau du Larzac, où José Bové fit ses premières armes, est à l'origine de la création d'un syndicalisme paysan de type nouveau, non corporatiste, la Confédération paysanne. Elle fait partie des membres fondateurs d'ATTAC et contribue à l'émergence d'une véritable Internationale des campagnes, la Via Campesina, très active dans l'organisation des Forum sociaux mondiaux (Jean-Philippe Martin, "Du Larzac à la Confédération paysanne de José Bové").
Les articles portant sur les syndicats sont aussi très stimulants. Jean-Michel Denis, auteur par ailleurs de l'ouvrage Le Groupe des Dix, un modèle syndical alternatif ? (La Documentation française, 2001), explique l'implication importante de ces syndicats dans le mouvement altermondialiste par les nombreux bénéfices qu'ils en retirent : cela leur permet de sortir de leur cloisonnement revendicatif et institutionnel, de devenir plus visibles dans l'espace public. Paradoxalement, c'est surtout dans ce cadre que le G10 (dont SUD) parvient à travailler avec la CGT (J.M. Denis, "La constitution d'un front antilibéral : l'union syndicale Groupe des Dix-Solidaires et Attac"). L'article de Sophie Béroud et de Georges Ubbiali, "La CGT, entre soutien distancié et refondation de l'activité internationale", est aussi très intéressant. Après avoir rappelé l'implication assez ancienne de la CGT dans le mouvement altermondialiste par le biais de certaines de ses organisations (comme l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens, UGICT) et certains de ses militants (Pierre Tartakowski fut un des fondateurs d'ATTAC), les auteurs, tout en signalant le rôle croissant de l'organisation dans les Forums mondiaux ou européens, notent la frilosité ("une approche distanciée") d'une confédération soucieuse de s'intégrer pleinement dans la Confédération Européenne des Syndicats (CES), à laquelle elle appartient depuis l'effondrement des pays de l'Est. Or les dirigeants de la CES sont très éloignés de la logique altermondialiste. Pour terminer, notons, parmi d'autres très riches contributions, l'article consacré aux anarchistes par François Dupuis-Déri, "L'altermondialisme à l'ombre du drapeau noir. L'anarchie en héritage". Il remarque la grande visibilité de ceux-ci lors du rassemblement contre le sommet du G8 à Evian, en juin 2003 : 5 à 6000 militants ou sympathisants constituaient le cortège anarchiste le plus imposant réalisé en France au XXe siècle. Ce succès est dû à la renaissance d'une forme d'organisation prisée par les anarchistes du XIXe siècle, le groupe d'affinité. En mettant en avant le lien affinitaire et amical, on rompt avec la logique de la démocratie représentative, perçue par certains comme la tyrannie de la majorité. Dans sa contribution très développée, l'auteur explique comment "l'organisation en groupe d'affinité permet à chacun de se responsabiliser et de mener des actions autonomes au sein d'une action collective " (p. 224). Un ouvrage vraiment stimulant, qui révèle lui aussi l'univers très varié, voire contradictoire, de l'altermondialisme, mais les coordonnateurs rappellent en introduction "qu'à l'occasion des protestations s'élabore en actes "un sens partagé" par les manifestants".

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References

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Jean-Paul Salles, « Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule et Nonna Mayer, L'altermondialisme en France. La longue histoire d'une nouvelle cause, Paris, Flammarion, 2005, 371 p. », Dissidences [Online], Juin 2012, Nos archives du mois : l'altermondialisme, Online since 03 November 2011, connection on 11 August 2020. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=643

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