Guillaume Quashie-Vauclin, Union de la Jeunesse Républicaine de France (1945-1956). Entre organisation de masse de jeunesse et mouvement d'avant-garde communiste, Paris, L'Harmattan, 2009, 265 p.

Index

Mots-clés

Organisation

Texte

Image

Dans un ouvrage tiré de son mémoire de master d'histoire contemporaine1, partiellement remanié pour l'occasion, Guillaume Quashie-Vauclin écrit une histoire politique d'une organisation beaucoup moins abordée par les historiens que son illustre ancêtre, la Fédération nationale des Jeunesses Communistes2. Le titre résume assez bien la problématique principale qui sous-tend l'ouvrage. Il s'agit en effet de montrer que cette organisation, durant toute son existence, a poursuivi deux objectifs. Le premier était de constituer un mouvement d'avant-garde au service d'objectifs révolutionnaires, le second était de rassembler le plus largement possible la jeunesse française. L'auteur montre que, selon le contexte global (avant et pendant la guerre froide), en fonction de la nature des rapports avec le Parti communiste français, selon la personnalité des dirigeants, au regard de l'évolution de la société française durant cette décennie, la gestion de la tension entre ces deux objectifs n'a jamais été simple. Ces difficultés ont occasionné déchirements, revirements, ruptures. La lecture à cette aune de l'histoire de l'organisation permet à l'auteur de distinguer cinq phases consécutives qu'il étudie successivement avec une grande rigueur, apportant des éléments nouveaux, n'hésitant pas à avouer son impuissance à résoudre certaines questions, balisant ainsi de futurs questionnements. Ajoutons que l'insertion de plusieurs fiches donnant des informations sur les fédérations départementales enrichit l'ensemble car cela permet de mettre en évidence les décalages existant entre centre parisien et périphéries.

Par son existence même ce travail est important et apporte d'inestimables données sur une organisation qui fut la plus nombreuse parmi celles qui cherchaient à fédérer la jeunesse française. Par ailleurs la problématique même est largement servie par un propos alimenté par l'analyse des sources dont l'auteur disposait. A ce sujet, un premier point de critique apparaît : l'auteur regrette de ne pas avoir eu accès aux archives des renseignements généraux et il est vrai que le regard de l'Etat sur cette organisation aurait mérité d'être plus approfondi. Or il n'est peut être pas inutile de rappeler que des éléments du même ordre figurent souvent dans les archives départementales, notamment les documents émanent des cabinets préfectoraux. De même, puisque l'auteur indique s'être appuyé sur une enquête par questionnaire, on aurait aimé en apprendre davantage sur cette démarche. Enfin, il l'avoue lui-même, la compilation de six entretiens est un peu légère (p. 32). Par ailleurs, il n'aurait pas été inutile de donner quelques éléments sur leur construction.

Au-delà d'éléments qui auraient pu être davantage développés, par exemple concernant les relations avec les organisations de jeunesse chrétienne3 dont on sait l'influence qu'elles ont eu localement4 et dans leur propension à la former des militants, il faut surtout signaler le faible intérêt ressenti pour l'histoire sociale de ce mouvement. Il s'agit là plus d'une invitation à continuer dans l'investigation menée que d'une critique. La recherche gagnerait fortement en ouvrant sur la formation éventuelle donnée aux adhérents, aux militants, aux responsables, en renforçant le propos sur la sociologie du mouvement, sur le devenir des militants une fois l'âge adulte arrivé puisque, par essence, ce type de structure ne peut représenter qu'un moment dans un parcours. Ces éléments sont pourtant importants, non seulement aux fins d'apporter des connaissances générales, mais également en raison du fait qu'ils interagissent avec les ruptures signalées dans l'ouvrage.

Notes

1 Soutenu sous le même intitulé devant un jury composé de M.Dreyfus et M.Pigenet en juin 2008, à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Retour au texte

2 La bibliographie jointe en annexe permet de constater cette différence de traitement. Retour au texte

3 Complètement absentes des pages consacrées aux années 1945-1948 (voir p. 79 et suiv.), simplement évoquées ensuite. Retour au texte

4 F.Richou, La JOC, genèse d'une jeunesse militante , L'Harmattan, 1997, 240 p. Retour au texte

Illustrations

Citer cet article

Référence électronique

Stéphane Paquelin, « Guillaume Quashie-Vauclin, Union de la Jeunesse Républicaine de France (1945-1956). Entre organisation de masse de jeunesse et mouvement d'avant-garde communiste, Paris, L'Harmattan, 2009, 265 p. », Dissidences [En ligne], Communisme français, publié le 21 septembre 2012 et consulté le 16 juin 2024. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=480

Auteur

Stéphane Paquelin

Articles du même auteur