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Francis Arzalier, Le plaisir de convaincre, Paris, Institut de recherches de la FSU, Éditions Syllepse, 2008, 139 p. (Parcours engagé).

Yannick Beaulieu

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Mots-clés :

Communisme, Syndicat
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Full text

1Francis Arzalier nous livre ici avec retenue et pudeur son parcours professionnel et son parcours militant. Il a une belle plume, celle d'un homme né en 1939 (et non en 1933 comme il est écrit sur le quatrième de couverture), et qui a été principalement un enseignant d'histoire et de géographie. Cette belle écriture lui permet de se raconter, de dévoiler avec tact ses idées et ses valeurs, celles d'un homme né au début de la Seconde Guerre mondiale, anticlérical, avec un rapport à la laïcité qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Jean-Pierre Chevènement né lui aussi cette même année 1939. Visiblement marqué à jamais par ces jeunes années passées en Lozère, et plus précisément dans la Margeride, îlot catholique en contrée protestante, il semble avoir une certaine nostalgie pour son internat de Mende, un temps il découvre Brassens chez l'aumônier. Arzalier a tout à fait conscience du clash générationnel qui peut exister entre sa jeunesse et celle d'aujourd'hui, et notamment en ce qui concerne le fameux ascenseur social dont il a pu profiter. Son style d'écriture est assez agréable, légèrement « Troisième République », les piques sont nombreuses, surtout contre les anciens de l'Union des Etudiants Communistes (UEC). S'il entend remettre en cause certaines erreurs du PC, on sent un attachement et une loyauté sans faille à ce parti, certains parleraient d'un stalinisme latent. Comme beaucoup de cette génération, la guerre d'Algérie structure son engagement et détermine les valeurs auxquelles il restera fidèle tout au long de son existence. Les descriptions des affrontements avec les nervis d'extrême droite à Montpellier durant ces années donnent une vision précise du climat suscité par cette guerre. Il revient ensuite bien évidemment sur mai 68, puis les années d'Union de la gauche et la victoire de 1981.

2Réussissant le CAPES d'histoire, il devient enseignant et les jeunes professeurs pourront découvrir à l'occasion de ce récit les mutations et les transformations concernant la discipline, la pédagogie, les élèves et les conditions d'exercice qui ont bouleversé ce métier dans les trente dernières années. Il apparaît parfois comme l'un des derniers hussards de la République, avec les excès liés à une certaine vision de la laïcité et du rapport à la culture suranné. Il termine son parcours professionnel comme formateur à l'IUFM. Il semble d'ailleurs avoir beaucoup de recul sur le milieu universitaire, d'autant qu'il a obtenu son doctorat à 52 ans. On peut parfois s'interroger sur son rapport serein à l'université qui semble un peu angélique. Son parcours professionnel entraîne des déplacements géographiques importants : de Montpellier jusqu'à Saint-Amand, puis l'installation définitive en banlieue parisienne. C'est l'occasion pour ce conteur d'aborder son rapport à la classe ouvrière, à différents types de classe ouvrière d'ailleurs. Il réussit à retranscrire la vie quotidienne avec un réel talent. Cette passion pour la géographie lui permet d'être précis dans les descriptions des populations qu'il a côtoyées et donne un certain ton à ces portraits collectifs. Son ascension au sein de l'appareil du PCF pourra laisser parfois pantois les moins de quarante ans, il est difficile d'imaginer un parti aussi fermé et peu démocratique, d'autant que Francis Arzalier n'est pas un de ses critiques les plus virulents. Il laisse entrevoir des us et des pratiques qui expliquent en partie le déclin actuel du PCF. Il a longtemps été membre du comité fédéral, et surtout élu au conseil général, dont l'éclairage sur son fonctionnement est particulièrement intéressant.

3Il est dommage que le texte soit entaché de nombreuses erreurs de typographie : manque de ponctuation, oublis de majuscules, fautes d'accords. Il manque également une bibliographie complète des ouvrages et des articles de l'auteur, il les évoque pourtant tout au long de son texte. C'est une biographie, au style particulier, mais qui se laisse lire sans déplaisir, et nous donne envie de rencontrer plus longuement son auteur, pour éventuellement discuter et polémiquer sur certains sujets politiques, pédagogiques ou liés à la pratique militante.

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Yannick Beaulieu, « Francis Arzalier, Le plaisir de convaincre, Paris, Institut de recherches de la FSU, Éditions Syllepse, 2008, 139 p. (Parcours engagé). », Dissidences [Online], Communisme français, Online since 26 August 2012, connection on 19 January 2021. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=439

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