Satire, polémique, hystérie : Nicolas Bourbon (Nugae, 1533) et ses ennemis

  • Satire, polemic, hysteria: Nicolas Bourbon (Nugae, 1533) and his enemies

DOI : 10.58335/sel.201

Résumés

L’humaniste Nicolas Bourbon est un membre important du réseau évangélique français, dont l’œuvre est caractérisée par une forte dimension polémique : prises à partie d’une violence extrême des « jaloux » qui envient ses succès mais, surtout, attaques ad hominem contre les ennemis des humanistes, d’Erasme en particulier, avec des arguments qui ne doivent rien à la réalité (stupidité du grand savant Diego Lópe Zúñiga, débauche du moine chartreux Pierre Cousturier) et tout à l’hystérisation de querelles qui, bientôt, devaient ne plus se régler par les mots, mais par les armes.

The humanist Nicolas Bourbon is an important member of the French evangelical network, whose work is characterized by a strong polemical dimension: Extremely violent attacks on the “jealous” who envy his successes, but above all, ad hominem attacks against the enemies of the humanists, Erasmus in particular, with arguments that owe nothing to reality (stupidity of the great scholar Diego Lópe Zúñiga, debauchery of the Carthusian monk Pierre Cousturier) and everything to the hysterization of quarrels that, soon, were to be settled no longer by words but by arms.

Plan

Texte

Effodiat coruus lumen utrunque tibi,
     Auferat exectam uultur per nubila linguam,
Intestina uorent sanguinolenta canes
     Et, ne intacta tui pars corporis ulla supersit,
Prandia sint rabidis caetera membra lupis.
     Relliquiarum aliquid restet si forte sepulchro,
Ossa premat durus semisepulta lapis.
     Dumque huc atque illhuc anima errabunda feretur,
Sibilet in tumulo uipera sæua tuo.

Puisse un corbeau te crever les deux yeux,
     Un vautour t’arracher la langue et l’emporter dans les airs,
Les chiens dévorer tes entrailles sanglantes
     Et, pour qu’aucune partie de ton corps ne soit laissée intacte,
Puisse le reste de tes membres devenir la pâture des loups enragés.
     Et si par hasard il reste quelque débris à enterrer,
Qu’une lourde pierre recouvre tes os à moitié ensevelis
     Et, pendant que ton âme errante sera emportée de-ci de-là,
Puisse une cruelle vipère siffler sur ta tombe !1

Quel est donc l’écrivain qui s’est livré à de telles invectives et contre qui a-t-il fait usage de cette violence extrême ? Quelles sont les circonstances de sa vie, publique ou privée, qui ont pu la justifier ou à tout le moins l’expliquer ? Doit-on analyser ces propos comme la formulation hyperbolique d’une topique de véhémence ou faut-il au contraire y voir l’expression sincère d’une haine si vive qu’elle mène à une forme d’hystérisation de la parole ? Telles sont les questions auxquelles cet article entend apporter quelques réponses.

Poète néo-latin né en 1503 à Vendeuvre-sur-Barse, à mi-chemin entre Troyes et Bar-sur-Aube, auteur d’épigrammes et de quelques ouvrages d’éducation versifiés2, Nicolas Bourbon fait partie de ces écrivains de la Renaissance française qui n’ont pas véritablement accédé à la postérité et dont Lucien Febvre s’est cruellement gaussé en les traitant d’« Apollons de collège3 ». À son époque pourtant, Bourbon a joui d’une certaine réputation, comme en attestent les imprimeurs reconnus chez qui il fit paraître ses œuvres. Membre important du sodalitium Lugdunense, cette « compagnie lyonnaise4 » que Ferdinand Buisson définissait joliment comme « une réunion brillante de jeunes humanistes […] tous poètes, tous rivaux et tous amis, parce qu’ils étaient tous jeunes5 », il a été loué par de grands esprits de son temps, tels Érasme ou Budé6. Il a aussi mené une assez belle carrière de professeur : après un séjour à Valence auprès des neveux de François de Tournon, il fut régent du collège de Beauvais à Paris, puis, lors d’un exil en Angleterre, il dut à la protection d’Anne Boleyn d’être précepteur de jeunes nobles anglais et enfin, de retour en France, il fut choisi par Marguerite de Navarre – consécration suprême ! – pour être le professeur de sa fille, la jeune Jeanne d’Albret7. Ces positions enviables lui valurent peut-être des inimitiés ; il affirme en tous cas qu’il eut à souffrir, à plusieurs reprises, des calomnies de « purs sycophantes8 » et le thème de l’invidia (l’envie malveillante et injustifiée que l’on porte à quelqu’un) est un motif majeur de ses recueils d’épigrammes.

C’est envers ces jaloux que Bourbon se déchaine avec une ardeur enragée. L’épigramme citée au début de cet article imaginait, en une accumulation d’un réalisme cru et macabre, les outrages auxquels allait être soumis le corps de « l’envieux » contre lequel est écrite la pièce9, tandis que la litanie des verbes au subjonctif d’ordre traduisait la délectation procurée au poète par cette vision d’horreur. Avant cela dans le recueil, l’épigramme 5 avait déjà formé le vœu que l’âme de « Zoïle » ne trouve jamais le repos, son corps étant privé de sépulture :

Ossa tegat modicus tua, Zoile, puluis, ut illa
     Effodiant citius dilanient́que canes.

Puissent tes os, Zoïle, être couverts d’une mince couche de poussière,
     Pour être déterrés et mis en pièces plus rapidement par les chiens.

Zoïle, chez tous les humanistes10, est l’archétype du jaloux ; ils empruntent ce nom, via Martial11, au sophiste Zoïle d’Amphipolis, célèbre pour sa critique radicale d’Homère qui lui avait valu le surnom de « fléau d’Homère ». Dans cette épigramme, Bourbon renonce à l’effet d’accumulation pour privilégier la brevitas propre au genre littéraire qu’il a choisi, avec un second vers dont les allitérations en [t] et en [k] laissent entendre le claquement sinistre des mâchoires des chiens.

Ailleurs, c’est à la mythologie qu’il s’en remet pour exprimer les tourments qui, il en est certain, accablent le même Zoïle :

Dilacerat uultur iecur immortale Promethei,
     Haec eadem poena est quam patitur Tityus,
Se sequitur fugitatque rotis Ixion adactis,
     Fallunt Sisyphias impia saxa manus,
Illudunt miseras fluxurae Belidas urnae,
     Tantalus in mediis aret anhelus aquis.
Iuppiter hos iuste, set iustius inuida punit
     Pectora, nam poenam quam meruere ferunt12.

Un vautour déchire le foie immortel de Prométhée13
     Et c’est la même peine que subit Tityus14 ;
Ixion15, sur ses roues qui tournent, se poursuit et se fuit lui-même,
     Et des rochers cruels échappent aux mains de Sisyphe16 ;
Des urnes prêtes se vider se jouent des malheureuses Bélides17,
     Et Tantale18, au beau milieu des eaux, halète et brûle de soif.
Jupiter les punit justement, mais punit plus justement encore les cœurs
     Pleins d’envie, car ils subissent le châtiment qu’ils ont mérité.

La pièce repose sur l’idée que l’envieux se punit lui-même en dépérissant à force de jalousie, conformément aux représentations figurées nombreuses, dans lesquelles l’Envie prend les traits d’une femme en train de ronger son propre cœur19. Le long développement mythologique laisse entendre que les tourments qu’il endure sont pires que ceux des plus horribles criminels de la fable.

On peut bien sûr expliquer la présence de telles pièces chez Bourbon par l’obligation qui était celle des écrivains de la Renaissance non dotés de fortune personnelle de trouver de riches patrons susceptibles de leur offrir les moyens de pratiquer leur art à l’abri du besoin. Toute médisance pouvait ainsi avoir des conséquences sérieuses et faire perdre un protecteur, risque qui peut justifier la violence avec laquelle Bourbon se défend et attaque. Le souhait de voir souffrir les jaloux revient dans les Nugae avec une fréquence qui semble témoigner à la fois d’une haine incontrôlable et d’une véritable obsession, ce qui est la définition même de l’hystérisation d’un discours20. Néanmoins, il convient de remarquer que les pièces qui s’en prennent aux envieux ont toutes une connotation très littéraire : le cas est patent pour la pièce 74, avec sa liste des tourments des Enfers, mais le distique de l’épigramme 5 est lui-même la traduction d’une épigramme d’Ammien dans l’Anthologie Grecque21. Quant à la pièce sinistre sur laquelle j’ai commencé cet article, elle est une reprise presque littérale du carmen 108 de Catulle, qui souhaitait lui aussi voir un vautour dévorer la langue d’un nommé Cominius, les corbeaux engloutir ses yeux, les chiens se repaître de ses intestins et les loups de ses autres membres. Ainsi, ce qui pouvait être perçu comme des pièces écrites sous le coup du kairos et d’une haine farouche pourrait bien se révéler en fin de compte un pur jeu littéraire, dans lequel le poète rivalise avec ses prédécesseurs antiques sur le mode de la véhémence et s’attaque à un « type » plus qu’à des individus – comme en avertissait d’ailleurs le nom générique de Zoïle.

Il en va tout autrement des pièces dans lesquelles Bourbon défend les idées évangéliques qui sont les siennes. Même si le terme « évangélisme » fut inventé au xxe siècle22 et s’il a parfois été remis en cause23, de nombreux chercheurs ont montré qu’il était légitime de postuler l’existence d’un réseau évangélique cohérent24. Bourbon en fut un membre actif – ce qui ne fut pas sans lui attirer des ennuis, dont un séjour en prison suivi d’un exil forcé en Angleterre, lorsqu’à l’hiver 1533, François Ier durcit sa position face aux réformateurs25. C’est qu’en effet, non seulement au collège de Beauvais le poète professeur faisait œuvre de prosélytisme et encourageait ses proches à faire de même26, mais il avait publié, en 1530 puis au printemps 1533, deux recueils d’épigrammes contenant quelques pièces très radicales, dans lesquelles il mêle épigramme satirique et épigramme polémique, terme entendu selon la définition proposée par Pierre Laurens : « Pour que [l’épigramme] assume une fonction polémique, il faut lui donner une cible réelle […] et, au-delà de la cible ou à travers elle, un enjeu d’ordre intellectuel. L’épigramme polémique serait donc une épigramme satirique adressée à une cible réelle et comportant à l’arrière-plan un enjeu idéologique27 ».

Bourbon s’en prend tout d’abord aux membres du clergé, en particulier les moines, dont il vitupère l’absence totale de culture (dans tel couvent, « toucher un livre est un grand sacrilège » et la piété consiste à « ne faire que chanter et ne rien savoir de la culture28 »), la débauche (dans le même couvent se trouvent nombre « de jeunes filles et de chœurs de vierges / afin que les moines aient de quoi s’amuser29 ») et le peu de foi réelle :

In sacrificulum labris, non mente precari solitum :
     Sacrificus modios precularum mille susurrat :
Non aliter turpis simia labra mouet30.

Contre un moinillon habitué à prier de la bouche, mais non du cœur :
     Le moine susurre ses mille boisseaux de petites prières :
Il n’est qu’un singe répugnant qui remue les lèvres.

On relève en particulier dans cette pièce le diminutif péjoratif sacrificulum – d’autant plus insultant qu’au terme de monachus, Bourbon a préféré celui de sacrificus, qui fait du moine quelque prêtre sacrificateur de la religion païenne –, l’assimilation avec un singe, mais aussi le perfide susurrat qui, dans l’édition de 1533, est venu remplacer un plus neutre murmurat présent dans celle de 1530. Certaines pièces sont plus violentes encore : ainsi, à la fin de la pièce 187, Bourbon feint de se demander :

Quid monstruosius est monacho, qui praeter amictum
     Nil aliud uerae religionis habet ? (v. 7-8)

Qu’y a-t-il de plus monstrueux qu’un moine qui, à part sa robe,
     N’a rien qui soit de la vraie religion ?

Comme tous les évangéliques en effet, Bourbon juge qu’il ne sert à rien d’avoir les formes extérieures de la religion si, en réalité et dans son comportement, on s’éloigne de la vie du Christ, ce que font d’après lui les moines qui « sous un doux miel, cachent leur poison », et « trompent les cœurs pieux sous couleur de vertu31 ». Néanmoins, ces pièces restent globalement de l’ordre de la satire habituelle et de la critique topique des moines, telle qu’on la trouve par exemple dans la tradition des goliards et des fabliaux du Moyen-Âge32, puis au Quattrocento italien chez Le Pogge33 et, à la Renaissance, chez Marot et Érasme34, même si ce dernier fait parfois preuve d’une objectivité absente chez Bourbon35.

Mais la plume de notre poète se fait plus acérée et plus violente quand il s’en prend à l’Église romaine et à ses représentants en France que sont les évêques36, envers lesquels son indignation éclate et se déverse en insultes injurieuses. Il évoque l’« indubitable tyrannie » (aperta tyrannis) que font régner ces prélats, le furor (folie furieuse) qui les habite et les amène aux pires abjections, les « ruses mauvaises » (dolos) grâce auxquelles ils trompent les fidèles37. La Rome papale est quant à elle qualifiée d’Hydre de Lerne et de « courtisane impie38 » (impia meretriux). La grande pièce intitulée Hymne à Dieu très grand très bon est sans doute celle dans laquelle l’écriture de Bourbon s’embrase le plus, en une avalanche d’accusations et d’invectives dont toute justification est considérée comme inutile, la brutalité tenant lieu de démonstration. L’objet de la pièce est un éloge de François Ier qui, par la grâce de Dieu, soutient les humanistes ; elle commence par un terrifiant tableau de l’époque précédente, celle qui n’avait pas encore vu le refleurissement des Belles Lettres permettre d’entrevoir un avenir meilleur39 :

Seruitus numquam fuit hoc in orbe
     Durior quam qua sumus usque pressi.
Hoc mali foedae meretricis ingens
     Attulit error.
Totius reges proceresque mundi
     Subditos fecit sibi, poculoque
Strauit erroris triplicem coronam
     Bellua gestans. […]
Praesules nostri populum necabant
     Vinculis legum, decimis, tributis,
Gens rapax, vecors et amica ventris,
     Perdita luxu40.

Jamais il n’y eut dans le monde servitude
     Pareille à celle que nous avons subie
Et ce fléau, c’est l’erreur immense de la courtisane
     Hideuse qui nous l’a apporté.
Les rois et les puissants du monde entier,
     Elle les a soumis à sa puissance et sous la coupe de l’erreur,
Elle les a ensevelis, cette bête qui arbore
     Sa triple couronne. […]
Les prélats assassinaient notre peuple41
     Sous les chaînes de leurs lois, sous les dîmes et les tributs,
Engeance rapace, perfide, esclave son ventre,
     Perdue de luxure.

La brutalité des paroles est ici d’autant plus frappante que la pièce est écrite en précieuses strophes sapphiques, un type de vers qui, comme son nom l’indique, apparut d’abord chez la poétesse grecque Sappho, qui en usa pour chanter l’amour et la nature42 : le contraste est radical. L’Église romaine est de nouveau présentée comme une prostituée, ici qualifiée par l’adjectif foedus (« laid, hideux, repoussant, sale »). Plus provocateur encore, elle est aussi, une bellua, terme destiné à rappeler la Bête qui, dans le chapitre 13 de l’Apocalypse selon saint Jean, symbolise tout ce qui s’oppose à Dieu et à ses commandements, en particulier le pouvoir romain païen et idolâtre auquel, en un paradoxe terrible, se trouvent assimilés l’Église romaine et le pape, désigné par sa « triple couronne », le fameux trirègne qui représente ses trois pouvoirs en tant que Vicaire du Christ, père des rois, roi du monde. La dernière strophe citée prend à partie les évêques, qui, non contents d’accabler le peuple sous les taxes au point de l’en faire mourir de faim, se rendent coupables de bon nombre de péchés capitaux, l’avarice, la gourmandise et la luxure, auxquels ils ajoutent l’hypocrisie.

Mais Bourbon va parfois encore plus loin et ne recule pas devant les attaques ad hominem, contrevenant par là au principe édicté par le maître de la satire latine, Martial :

Hunc seruare modum nostri nouere libelli,
     Parcere personis, dicere des uitiis.

Mes petits volumes ont appris à garder cette mesure :
     Epargner les personnes, censurer les vices43.

Quand il s’agit des ennemis des Belles Lettres et des idées nouvelles (qui à ses yeux sont une seule et même chose), Bourbon est très loin d’« épargner les personnes ». Ses pièces les plus violentes s’adressent à ceux qui avaient pris Érasme à partie à cause de sa traduction du Nouveau Testament. En 1515, en effet, sur demande de l’éditeur Jean Froben, le savant hollandais s’était attelé à cette tâche immense, et à ses yeux essentielle : proposer une nouvelle édition de la Septante, accompagnée d’une traduction latine permettant de corriger certaines erreurs de la Vulgate de saint Jérôme, en appliquant au texte néo-testamentaire les règles de philologie nouvellement établies par les humanistes44. L’édition parut en 151645, accompagnée d’une riche annotation et d’une paraphrase, et suscita immédiatement l’admiration des humanistes, en même temps qu’elle valut à son auteur un déluge de critiques et d’attaques de la part des conservateurs, qui jugeaient d’une part qu’il traitait le texte sacré comme n’importe quel texte littéraire et d’autre part que remettre en cause quelques traductions de la Vulgate revenait à jeter le discrédit sur l’ensemble du texte. Érasme s’y attendait du reste, puisque l’ouvrage s’ouvre dès cette première édition sur une lettre-préface intitulée Erasmi Apologia, « qui constitue une "défense et illustration" de son œuvre exégétique46 ».

Cela n’empêcha pas, entre autres, l’Espagnol Diego Lópe Zúñiga (en latin Lopis Stunica47) d’attaquer dès 1520 le Nouveau Testament érasmien dans des Annotations contre Érasme , en défense de [l’ancienne] traduction du Nouveau testament48, ni le Français Pierre Cou(s)turier (en latin Petrus Sutor49) de publier en 1525, à Paris, un traité intitulé Sur la traduction de la Bible, critique des nouvelles interprétations suivie d’une Apologie de Pierre Couturier contre une certaine Apologie d’Érasme50. Érasme ne resta bien entendu pas sans réaction devant ces attaques : en 1521, il publia l’Apologie répondant aux reproches formulés par Lopis Stunica sur la première édition du Nouveau Testament51 et en 1525 l’Apologie contre les divagations de Pierre Couturier52 dans laquelle, comme le titre le laisse deviner, il souligne de façon cinglante la stupidité de son adversaire. Bien entendu, ses ennemis répliquèrent à leur tour : Couturier par une Antapologie contre l’apologie d’Érasme, dans laquelle il fait mine de s’étonner des attaques personnelles d’Érasme à son égard et reproche âprement à un homme qui n’est qu’un philologue de vouloir se mêler de théologie53, et Zúñiga en 1522 par un opuscule intitulé Blasphèmes et impiété érasmiens, dans lequel il tente de faire passer Érasme pour un hérétique radical – ce qu’il n’était évidemment pas54.

C’est sur cette querelle déjà bien envenimée que se greffe Nicolas Bourbon, en prenant ardemment la défense d’Érasme dans ses Nugae de 1533. Il publie en effet plusieurs épigrammes contre Zúñiga et Couturier, dans lesquelles il choisit la voie purement polémique. Aucune de ses pièces ne s’attache en effet au sujet précis de la controverse ni ne fournit le moindre argument en faveur de la nouvelle traduction, mais toutes se contentent de disqualifier les adversaires. Zúñiga est attaqué dans les épigrammes 29 et 30 :

In Lopidem, Erasmi obtrectatorem :
     Qui uomit ampullas et sesquipedalia uerba
Obstrepit et studijs, Roterodame, tuis,
     Qui tumet Hispana petulans et barbarus aura,
Hunc par est lapidem dicere, non Lopidem.
 
In eundem :
     Qui Lopidem norunt cognomine, pectore, gressu
Hunc Lopidem lapidem loripedeḿque uocant.

Contre Lopis, détracteur d’Érasme
     Celui qui vomit des termes ampoulés et longs d’un pied et demi
Et qui critique, homme de Rotterdam, tes travaux,
     Ce barbare impudent qui s’enfle du souffle de l’Espagne,
Devrait s’appeler Lapis et non Lopis.
 
Contre le même :
     Ceux qui, de Lopis, connaissent le surnom, le cœur et la démarche
Appellent ce Lopis « Lapis le bancroche ».

Bourbon joue à la fois sur la nationalité espagnole et sur le nom latin de Diego Lópe Zúñiga. Celui-ci est un « barbare » à la fois au sens propre (n’étant pas d’origine latine, il ne parle pas un bon latin) et au sens figuré (Érasme, dans une œuvre de jeunesse, a assimilé tout ennemi des Belles Lettres à un barbare55 ) : il « s’enfle du souffle de l’Espagne » parce que l’orgueil espagnol est un topos depuis la Renaissance56, et « vomit des termes ampoulés » parce que Sénèque, le principal auteur latin d’origine espagnole, fut souvent critiqué pour son goût de l’asianisme, ce style qui, par son recours aux mots rares, à l’emphase, aux périodes oratoires ostentatoires, s’oppose à l’atticisme57. Quant à la translittération latine de López par lopis, elle permet un jeu de mot (peu traduisible en français) avec le terme latin lapis, « la pierre », fréquent emblème de la stupidité dans les comédies latines58. Dès lors, l’incapacité du personnage à marcher droit est évidemment la manifestation physique de son incapacité à penser correctement. Or – ce que Bourbon sait très certainement mais se garde bien de mentionner – Zúñiga était en fait un grand savant, qui connaissait le latin, le grec (il avait occupé la chaire de grec à l’université de Salamanque de 1490 à 1503) et l’hébreu, auxquels il ajoutait l’arabe et l’araméen, qui avait été choisi par le Cardinal Jiménez de Cisneros pour préparer ce que l’on a appelé la Bible polyglotte d’Alcala, une édition du texte de l’Ancien et du Nouveau Testament disposé sur trois colonnes (texte hébraïque, Vulgate latine et Septante grecque). Certes, l’influence du Cardinal de Cisneros avait interdit de remettre en cause le texte de la Vulgate autrement qu’en comparant les différents manuscrits latins entre eux – et non pas à partir des textes grecs et hébreux –, mais cette Bible d’Alcala est, comme le dit Bataillon, « une des œuvres les plus imposantes qu'ait réalisée alors la science des philologues servie par l'art des imprimeurs59 ». Zúñiga, qui a participé à cette entreprise, est donc très loin du barbare ignare et stupide présenté par Bourbon. Dès lors, les attaques du poète français à son encontre témoignent d’une émotion qui correspond parfaitement à la définition de l’hystérie telle que proposée par le Centre National de Ressources Textuelles et Linguistiques (CNRTL) : « Excitation violente, inattendue, spectaculaire et qui paraît exagérée60 ».

Des deux épigrammes adressées à Couturier dans le recueil, l’une est dans la même veine que celles contre Zúñiga, se gausse de sa supposée stupidité, en le qualifiant au vers 2 de « infans, ingenio barbarus et calamo61 » et en jouant sur le fait que sutor, en latin, désigne aussi bien le couturier que le cordonnier :

O Sutor, Sutor, poteras crepidarius esse
     Atque in sutrina tutior esse tua ! (v. 11-12).

Ô Sutor, Sutor, tu aurais pu ne t’occuper que de chaussures,
     Et rester bien tranquille dans ta boutique de cordonnier !

Relativement amusante en elle-même, cette pointe prend tout son sel quand on connaît une anecdote rapportée par Pline l’Ancien concernant le peintre Apelle : celui-ci avait coutume, dit le naturaliste, de placer ses tableaux terminés au bord des routes, afin que les passants donnent leur avis. Un jour, un cordonnier critiqua la représentation d’une chaussure et le peintre modifia sa toile, mais le lendemain, le même cordonnier blâma la jambe ; le peintre se serait alors exclamé qu’« un cordonnier ne devait pas juger au-delà de la chaussure62 ». Érasme avait relevé cette formule dans ses Adages et précisé qu’elle signifiait « qu’on ne doit pas essayer de juger des domaines étrangers à son art ou à sa profession63 ». Les vers de Bourbon signifient donc que Couturier, ignorant et stupide, est bien incapable d’émettre sur Érasme la moindre critique susceptible d’avoir un intérêt. Là encore, notre poète passe sous silence le fait qu’il avait obtenu à la Sorbonne un doctorat de théologie en 1510, après avoir été régent es arts au collège Sainte-Barbe.

Mais la seconde épigramme concernant le malheureux, exploitant les ressources de la brièveté épigrammatique, change de registre :

Deprensus nuda nudus cum Thaide Sutor.
     Hic non Sutor erat (credo), Fututor erat64.

Il a été surpris, tout nu, avec Thaïs aussi nue que lui, Sutor.
     Alors, il n’était plus Sutor, je crois bien, mais Fouteur.

Une fois encore, la pièce est drôle en elle-même et pourrait suffire à ridiculiser Couturier, mais elle prend une profondeur supplémentaire lorsque l’on sait que celui-ci, moine chartreux depuis janvier 1511, avait été prieur de plusieurs maisons de cet ordre et était en tant que tel bien entendu tenu à l’abstinence. Thaïs est le nom d’une célèbre courtisane grecque, amie d’Alexandre le Grand, mais le nom est aussi destiné à produire un effet de réel, comme si Bourbon avait de ses propres yeux surpris la scène ; dans le second vers, l’homophonie entre Sutor / Fututor (que j’ai assez vainement tenté de rendre dans ma traduction…) renforce l’assimilation entre Couturier et ce « baiseur » (sens exact de fututor en latin). Or, rien, dans nos sources, n’indique que Couturier ait jamais manqué aux obligations de son ordre, dont il avait fait un éloge vibrant dans le De Vita Cartusiana (1522) : l’attaque est gratuite, elle déconsidère l’adversaire dans le domaine de la moralité et est destinée à lui ôter, sans discussion possible, toute crédibilité.

Conclusion

Ainsi voit-on Bourbon tout à ses haines et à sa rage, s’emballer, perdre toute mesure, refuser toute confrontation d’idées contraires et plonger, avec une émotion sans doute aussi profonde qu’incontrôlable, dans ce que nous appellerions aujourd’hui de la pure diffamation. À ses yeux, la société ne peut être que polarisée : on est soit avec les humanistes favorables aux idées évangéliques, soit contre eux et en ce cas, on ne saurait trouver grâce à ses yeux. Le cas est patent avec le traitement qu’il réserve à Jean Chéradame65. Ce dernier, professeur de grec à Paris, excellent hébraïsant66, avait publié de nombreuses éditions d’auteurs anciens et plusieurs ouvrages sur les langues anciennes67 et était admiré par des humanistes comme Budé, Danès ou Toussain. Voilà donc un homo trilinguis dont on s’attendrait à voir Bourbon faire l’éloge. Or, les pièces qui le mettent en scène dans les Nugae sont toutes cinglantes, le décrivent comme un fantoche ridicule – gonflé d’orgueil pour une culture dont il se vante sans cesse mais qui est en réalité inexistante –, et remettent en cause ses compétences d’helléniste68. C’est que Chéradame était aussi un catholique ardent et un farouche adversaire des évangéliques et des luthériens69 et, dès lors, il est impossible pour Bourbon d’être objectif à son égard et de ne pas le vilipender. Ce à quoi nous assistons avec lui, comme avec d’autres, c’est au début d’un processus qui devait fracturer pour de bon la Respublica christiana et aboutir à l’abomination des guerres de religion, quand les antagonismes ne s’exprimeraient plus par la violence des mots mais par celle des armes, et quand l’hystérisation de tous les sujets de désaccord et de toutes les controverses amènerait la société française à faire la terrible expérience du sens étymologique du terme « polémique ».

Notes

1 Nicolas Bourbon, Nugae (1533), épigramme 121, 3-12. Toutes les traductions des Nugae sont tirées de mon édition de ce recueil (Genève, Droz, 2008) ; les traductions des Épigrammes de 1530 du même Bourbon sont personnelles et inédites. Retour au texte

2 Recueils d’épigrammes : Epigrammata, Lyon, L. Hyllaire, 1530 ; Nugae, Paris, Vascosan et Bâle, Cratander, 1533 ; Nugarum libri octo, Lyon, Gryphe 1538 et Paris, Vascosan, 1540. Ouvrages sur l’éducation : Nicolai Borbonii Vandoperani Lingonensis Opusculum puerile ad pueros de moribus, siue Παιδαγωγέιον (Paidagôgeion) Lyon, Gryphe, 1536 ; Tabellae elementariae pueris ingenuis pernecessariae, Paris, Simon Coline et Lyon, frères Frellon, 1539. Retour au texte

3 Lucien Febvre, Le Problème de l’incroyance au xvie siècle. La religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, 1974 [1942], p. 21. Retour au texte

4 Sur le sodalitium Lugdunense, voir l’édition des Epigrammata libri duo de Gilbert Ducher, l’un des membres du groupe (Sylvie Laigneau-Fontaine et Catherine Langlois-Pezezet, Paris, Champion, 2015, p. 33-82). Retour au texte

5 Ferdinand Buisson, Sébastien Castellion, sa vie et son œuvre (1515-1563) : étude sur les origines du protestantisme libéral français, Paris, Hachette, 1892, p. 31. Retour au texte

6 Dans les Epigrammata de 1530 (p. LXVI, v°), Bourbon fait figurer une lettre de Budé datée de 1528, dans laquelle celui-ci s’adresse à lui comme à un iuueni literarum meliorum feliciter studioso (« jeune homme qui étudie avec bonheur les Belles-Lettres »), et dans les Nugarum libri octo de 1548 (p. 149-150), une lettre d’Érasme , dans laquelle celui-ci le dit eruditissim[us] (« très érudit ») et évoque le plaisir intense et presque indicible qu’il a ressenti à la lecture de ses épigrammes (« quantum ceperim uoluptatem nullo sermone consequi possim »). Retour au texte

7 Pour une biographie de Bourbon, on consultera mon édition de ses Nugae de 1533 (Genève, Droz, 2008), p. 12-41. Retour au texte

8 Puri puti sycophantae, dans une lettre publiée à la fin des Épigrammes de 1530 (fol. LXIX r°) et dans la lettre préface des Nugae (p. 205). Retour au texte

9 Titre de la pièce : In inuidum. Retour au texte

10 Voir par exemple Érasme qui, dans une lettre du 11 décembre 1500 à Jacques Batt, évoque les « theologicarum literarum Zoilos nostros, quorum maxima turba est » (Opus epistolarum Desiderii Erasmi Roterodami, éd. Percy Stafford Allen, Oxford, 12 vol. 1906-1958, t. 1, lettre 138, p. 321). Retour au texte

11 Martial, Épigrammes, II, 16, 1 ; II, 19, 1 ; II, 42, 1 ; II, 58, 1, etc. Retour au texte

12 Nugae, 1533, épigramme 74. Retour au texte

13 Prométhée fut condamné à ce châtiment par Zeus pour avoir dérobé aux dieux le feu afin de le donner aux humains (Hésiode, Théogonie, 508 sqq). Retour au texte

14 Tityus était un Géant, fils de Zeus, qui, rendu fou par Héra, tenta de violer Léto et fut plongé par son père dans les Enfers, où un vautour dévore son foie, lequel renaît selon les phases de la lune (Ovide, Métamorphoses, IV, 454 sqq). Retour au texte

15 Ixion avait tenté de violer Héra et, en punition de ce sacrilège, Zeus l’attacha à une roue enflammée au mouvement perpétuel et le lança ainsi à travers le ciel (Pindare, Pythiques, II, 39 sqq). Retour au texte

16 Sisyphe avait commis de multiples tromperies envers les dieux et fut condamné à rouler éternellement, dans les Enfers, un énorme rocher qui dévalait la pente d’une colline dès qu’il était arrivé à son sommet (Homère, Odyssée, XI, 593-600). Retour au texte

17 Les Bélides sont les petites filles de Bélus, c’est-à-dire les Danaïdes, coupables d’avoir, pour complaire à leur père Danaos, égorgé leur mari le soir de leurs noces : en châtiment elles durent, aux Enfers, remplir éternellement d’eau un tonneau percé (Apollodore, Bibliothèque, II, 1, 5 sqq). Retour au texte

18 Tantale, par défi envers les dieux, leur avait servi au cours d’un repas son propre fils, Pélops, qu’il avait mis à mort et fait cuire et, en châtiment, il connaît aux Enfers une faim et une soif éternelles, placé dans un jardin plein de fruits qu’il ne peut saisir et au milieu d’un cours d’eau qui échappe à ses mains (Homère, Odyssée, XI, 582 sqq). Retour au texte

19 Guy de Tervarent, Attributs et symboles dans l’art profane. Dictionnaire d’un langage perdu (1450-1600), Genève, Droz, 1997, p. 204, qui cite un Emblème d’Alciat et l’illustration d’une édition de 1532 du De Remediis de Pétrarque. Retour au texte

20 L’hystérisation est définie par le dictionnaire Larousse comme « le fait de se laisser emporter de manière totalement excessive, voire obsessionnelle, à propos d’un thème d’actualité, d’une personnalité politique, etc. » (https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/hysterisation/10910922). Retour au texte

21 Anthologie Grecque, XI, 226 (= Anthologie de Planude, IIa, 43, 1). Retour au texte

22 Pierre Imbard de la Tour, Les Origines de la Réforme, Paris, Hachette, 1914, rééd. Genève, Slatkine, diff. Paris, Champion, 1978, tome 3 : « L’évangélisme, 1521-1538 ». Retour au texte

23 Pour Denis Crouzet, par exemple, « il n’y a pas un évangélisme, mais des évangéliques, ce qui est logique, parce qu’avec leurs démarches mêmes, la religion est individualisée en un rapport particulier à Dieu » (La Genèse de la Réforme française, Paris, SEDES, 1996, p. 317). Retour au texte

24 Isabelle Garnier-Mathez, L’Epithète et la connivence. Écriture concertée chez les Evangéliques français (1523-1534), Genève, Droz, 2005. La chercheuse fait le point sur la question de l’évangélisme français au début de son ouvrage (p. 25-40) et affirme que ce réseau se caractérise par « une tentative d’appropriation des fruits de la réforme allemande, d’une manière qui convienne aux circonstances locales de la France, en accord avec les idées particulières de ses membres à propos du but de la réforme et de l’œuvre de Dieu dans le monde » (p. 33). Retour au texte

25 Sur le revirement de François Ier et sa responsabilité dans les « persécutions » de l’hiver 1533-1534 , voir Jean Dupebe, « Un document sur les persécutions de l’hiver 1533-1534 à Paris » (Bibliothèque Humanisme et Renaissance, 48, 1986, p. 405-417), qui explique ce revirement du souverain par le discours de Nicolas Cop du 1er novembre et par l’affaire de La Confession et raison de la foy de Maistre Noël Beda (un pamphlet des réformateurs, mis dans la bouche de Béda, le syndic de la Sorbonne, qui avait été remis au chancelier Duprat). Retour au texte

26 On sait par une lettre de son collègue au collège de Beauvais Claude Despence qu’il encourageait l’un de ses famuli, ces étudiants pauvres qui payaient leurs études en se mettant au service d’un maître, à prêcher l’Évangile (lettre du 2 février 1534, B.N.F. ms lat. 14155, fol. 88 v°-89 r°, éditée et commentée par Jean Dupebe, art. cité, p. 404-405). Retour au texte

27 Pierre Laurens, « Memoriae haerent. Matériaux pour une histoire de l’épigramme polémique », dans La Parole polémique, études réunies par Gilles Leclerq, Michel Murat et Jacqueline Dangel, Paris, Champion, 2003, p. 132. Retour au texte

28 Épigrammes 1530, fol. X r°, v. 8-10 : « Nam libros illhic tangere grande nefas. / Tantum illhic canere et rerum nil scire bonarum. / Hoc demum satis est, hoc pietatis opus » (épigramme supprimée dans les éditions suivantes). Retour au texte

29 Épigrammes 1530, fol. X r°, v. 6-7 : « Mira, insunt puellae virgineique chori / ne desint cum queis monachi colludere possint ». Retour au texte

30 Nugae, 1533, épigramme 94 (= Épigrammes 1530, fol. XV v°). Retour au texte

31 Nugae 1533, épigramme 187, v. 4-5 : « Et sub dulci melle uenena tegunt. / Sic pia praetextu uirtutis pectora fallunt » (= Épigrammes 1530, fol. XV r°). Retour au texte

32 Les Poésies des Goliards, éd. Olga Dobiache-Rojdesvensky, Montréal, Ceres Reprints, 1984 [Paris, 1931], chap. viii « Le moine », p. 140-160 et, par exemple, Du segretain moine (éd. Veikko Väänänen, Helsinki, 1949). Retour au texte

33 Le Pogge, Facéties-Confabulationes, éd. Stefano Pittaluga, trad. fr. Étienne Wolff, Paris, Les Belles Lettres, 2005 (par exemple « Une veuve enflammée de désir pour un frère mendiant », p. 8 ; « La femme d’un berger qui eut un enfant d’un prêtre », p. 91 ; « Un moine qui introduisit son priape dans le trou d’une tablette », p. 102). Retour au texte

34 Clément Marot, « D’ung qu’on appeloit Frere Lubin », L’Adolescence clémentine (Œuvres poétiques complètes, éd. Gérard Defaux, Paris, Classiques Garnier, 1990, t. 1, p. 112), Erasme, « Le Naufrage », Éloge de la Folie, chap. LIV ou Colloques, (Érasme, éd. Claude Blum et alii, Paris, Laffont, Bouquins, 1992, p. 70-76 et 293-305). Retour au texte

35 Le colloque Les Franciscains, par exemple, décrit des moines fidèles à l’idéal évangélique de pauvreté de saint François d’Assise et d’une foi authentique. Retour au texte

36 Du moins ceux qu’il juge corrompus : ses recueils d’épigrammes comprennent aussi de vibrants éloges de son protecteur Charles de Tournon, évêque du Vivarais. Retour au texte

37 Épigrammes 1530, fol. XXXIV v° : « Quid sunt, nisi fraus et aperta tyrannis ? / pontificum furor » (épigramme supprimée dans les éditions suivantes) ; fol. XXXV v° : « pontificum dolos » (cette épigramme est présente dans les éditions suivantes, mais avec modifications et cette expression, en particulier, a disparu). Retour au texte

38 Épigrammes 1530, fol. XXIII, qui proclame que cette Rome est désormais gisante (« iacet ») car le Christ l’a vaincue. Retour au texte

39 Sur l’optimisme de la « première Renaissance », qui voulait croire qu’avec les literae politiores allait triompher une civilisation meilleure, plus humaine, voir Francisco Rico, Le Rêve de l’humanisme. De Pétrarque à Érasme (trad. fr. Jean Tellez) Paris, Les Belles Lettres, 2002. Retour au texte

40 Épigrammes, 1530, fol. LV v° (cette épigramme est présente dans les éditions suivantes, mais là encore avec modifications et les praesules sont remplacés par de moins polémiques impii). Retour au texte

41 Je comprends nostri comme le génitif du pronom personnel nos, complément du nom populum, et non comme le déterminant nominatif pluriel allant avec praesules. Retour au texte

42 Jean-Louis Charlet, La Métrique humaniste. Des pré-humanistes padouans et de Pétrarque au xvie siècle, Genève, Droz, 2020, p. 161. Retour au texte

43 Martial, Épigrammes, X, 33, 9-10, trad. H. J. Izaac, Paris, Les Belles Lettres, C.U.F., 2003 [1930]. Retour au texte

44 Sur le Nouveau Testament d’Érasme, la bibliographie est immense et dépasse largement le cadre de cet article. Je me contente de citer, parce qu’ils font le point sur les problématiques essentielles, les actes d’un colloque qui s’est tenu en Sorbonne en 2016, Le Nouveau Testament d’Érasme. 1516 : regards sur l’Europe des Humanistes, éd. par Thierry Amalou avec la participation de Alexandre Vanautgaerden, Turnhout, Brepols, 2020. Retour au texte

45 Érasme y retravailla sa vie durant, en proposant des éditions nouvelles, augmentées, en 1519, 1522, 1527 et 1535. Retour au texte

46 Léon-E. Halkin, « Une édition rarissime des Apologies d’Érasme en 1521 », Bibliothèque Humanisme et Renaissance, 45, 1983, p. 345. Retour au texte

47 Sur ce personnage, voir par exemple Contemporaries of Erasmus. A biographical Register of the Renaissance and Reformation, éd. Peter G. Bietenholz, Thomas B. Deutscher, Toronto, University of Toronto Press, 1985-1987, ad loc., notice de William B. Jones et Thomas B. Deutscher. Retour au texte

48 Annotationes contra Erasmum Roterodamum, in defensionem tralationis Noui Testamenti, Tolède, Arnaldo Guillén de Brocar, 1520. Retour au texte

49 Sur ce personnage, voir par exemple le Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, Charles Baumgartner (dir.), Paris, Beauschene, 1953, t. II, col. 2460-246. Retour au texte

50 De Tralatione Bibliae et novarum reprobatione interpretationum ; Apologia Petri Sutoris in quamdam Erasmi Apologiam, Paris, Jean Petit, 1525. Retour au texte

51 Apologia respondens ad ea quae Lopis Stunica taxauerat in prima duntaxat Noui Testamenti aeditione, Louvain, Thierry Martens, 1521 (éd. mod. Henk Jan de Jonge, Amsterdam, Oxford, North-Holland Publishing Company, 1983). Retour au texte

52 Apologia adversus debacchationes Petri Sutoris. Retour au texte

53 Adversus insanam Erasmi apologiam Petri Sutoris antapologia (1526), dans laquelle il rappelle qu’Étienne Poncher, évêque de Paris peu avant, avait dit qu’il faisait entièrement confiance à Érasme pour la philologie, mais aucunement pour la théologie (cité dans Contemporaries of Erasmus, art. Cou(s)turier, p. 352). Retour au texte

54 Erasmi Roterodami blasphemiae et impietates, Rome, Antoine Bladus, 1522. « Mais comme ceci [ses annotations précédentes sur le Nouveau Testament érasmien] est peu de choses au prix de ce qu’il mérite, impie et blasphémateur comme il est, je lui ai préparé un autre livre […] J’y montre au Souverain Pontife, à qui il appartient d’agir en la matière, combien il est nécessaire de châtier ce Batave et de le contraindre à chanter la palinodie » (cité et traduit par Marcel Bataillon, Érasme et l’Espagne, Genève, Droz, 1998 [1937], p. 129). Retour au texte

55 L’Antibarbarorum liber ou Antibarbari, paru en 1520. Sur la notion de barbare dans cet ouvrage, voir Virginie Leroux, « Érasme anti-Barbare » dans Rome et les barbares, éd. Sylvie Laigneau, Dijon, Publications de l’Arelad, 1998, p. 135-149. Retour au texte

56 Jose Manuel Lopez de Abiada, art. « Spaniards », dans Manfred Beller, Joep Leerssen (dir.), Imagology. The Cultural Construction and Literary Representation of National Characters. A Critical Survey (Amsterdam, New York, Rodopi, 2007, p. 242-248) explique que la vision des Espagnols comme un peuple orgueilleux s’est essentiellement constituée aux xvii et xviiie siècles. Mais on trouve ce motif bien avant, comme en attestent les attaques de Dolet, par exemple, contre le fastus espagnol (voir par exemple les épigrammes I, 57 ou II, 2, 30 de ses Carmina de 1538, éd. mod. Catherine Langlois Pezeret, Genève, Droz, 2009). Retour au texte

57 Pour une vive critique de Sénèque, voir Quintilien, Institution oratoire, X, 125-131 et surtout Fronton, Ad Marcum Antonium de Orationibus, 2, 7. Retour au texte

58 Plaute, Miles Gloriosus (Soldat fanfaron), v. 236 : « Neque habet plus sapientiai quam lapis » (« il n’a pas plus d’intelligence qu’une pierre »). Retour au texte

59 Marce Bataillon, Érasme et l’Espagne, p. 24. Retour au texte

60 https://www.cnrtl.fr/definition/hystérie. C’est moi qui souligne. Retour au texte

61 Nugae 1533, épigramme 393, v. 2 : « Incapable de parler, barbare d’esprit et de plume ». Retour au texte

62 Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 35, 85 : « Ne supra crepidam sutor iudicaret ». Retour au texte

63 Adagiorum opus, adage I, VI, XVI : « Ne sutor ultra crepidam indicaret » (trad. Érasme. Les Adages, sous la dir. de Jean-Christophe Saladin, Paris, Les Belles Lettres, 2013, p. 234). Retour au texte

64 Nugae, 1533, épigramme 138. Retour au texte

65 Sur Jean Chéradame, voir le site : https://data.bnf.fr/fr/12460020/jean_cheradame/. Retour au texte

66 Théodore de Beze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées au Royaume de France, éd. Jean-Guillaume Baum et Edouard Cunitz, Nieuwkoop, De Graaf, 1974, t. 1, p. 6 : « …un François surnommé Cheradamus, homme bien versé tant ès lettres hébraiques que grecques ». Retour au texte

67 Éditions de Platon, d’Aristote, d’Homère, d’Aristophane, de Démosthène, de Lucien, etc, une Grammatica isagogica (1521), un Lexicon graeco-latinum (1523), des Rudimenta quaedam Hebraicae linguae (1523) et un Alphabetum linguae sanctae (1532). Voir Bernard Moreau, Inventaire chronologique des éditions parisiennes du XVIe siècle, Abbeville, impr. F. Paillart, 1985, t. III (1521-1530). Retour au texte

68 Voir (par exemple) la pointe méprisante d’une épigramme du recueil de 1530 (fol. VIII r°) : « Chéradame se prétend plus attique que les Athéniens, / mais il n’est même pas Grec ! ». Retour au texte

69 Il dédia en 1528 une édition des Discours de Démosthène à Guillaume Briçonnet au motif que celui-ci luttait contre les adeptes de Luther, plus dangereux pour les Chrétiens que Philippe ne l’avait été pour les Athéniens (voir Michel Veissière, « Une dédicace de Jean Chéradame à Guillaume Briçonnet (1528) », Bibliothèque Humanisme et renaissance, 53, 1991, p. 397). Retour au texte

Citer cet article

Référence électronique

Sylvie Laigneau-Fontaine, « Satire, polémique, hystérie : Nicolas Bourbon (Nugae, 1533) et ses ennemis », Savoirs en lien [En ligne], 1 | 2022, publié le 15 décembre 2022 et consulté le 23 février 2024. Droits d'auteur : Licence CC BY 4.0. DOI : 10.58335/sel.201. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/sel/index.php?id=201

Auteur

Sylvie Laigneau-Fontaine

Université de Bourgogne, CPTC (Centre Pluridisciplinaire Textes et Cultures, EA 4178)

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