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Comptes rendus

Mary Jayne Gold, Marseille année 40, Paris, Éditions Phébus, 2006, 473 p. (Libretto).

Jean-Paul Salles

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Mots-clés :

Intellectuels
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Mary Jayne GOLD, Marseille année 40

1Mary Jayne était une fille de riche, indéniablement. Son père, natif de Chicago, avait fait fortune dans les chemins de fer. « Je hantais les cocktails, les soirées, les grands galas…je skiais tous les hivers, pilotais mon propre avion », écrit-elle. Mais c'était avant 1939-1940 et sa rencontre, à Marseille, avec le Centre de secours américain de Varian Fry. La guerre l'avait surprise en France, à Paris, où elle faisait son « Grand Tour », à la manière des aristocrates anglais du XVIIIe siècle, se donnant une formation en butinant de ville d'art en ville d'art. Mais contrairement à ses semblables, s'étant prise d'amour pour la France, à la déclaration de guerre elle reste dans le pays, participant à l'exode qui la conduit de Paris à Marseille. Ceci nous vaut des pages pittoresques, car elle continue de fréquenter les grands hôtels – avec son caniche -, les serveurs s'empressant autour d'elle et délaissant les officiers allemands « qui aboient des commandes dans le vide ».Arrivée à Marseille, « la ville la plus bruyante de France transformée en une cité aux résonances feutrées du fait de la raréfaction de la circulation », elle ne tarde pas à rencontrer Varian Fry et se met à son service. Outre l'appui financier qu'elle lui prodigue, elle devient « interviewer », chargée d'interroger les réfugiés à la recherche d'aide, pour savoir qui aider en priorité et éliminer les éventuels nazis infiltrés. Son exploit le plus remarquable aura été, grâce à son charme et à son bagout, d'obtenir du directeur du camp du Vernet l'élargissement de quatre militants allemands socialistes de gauche (du groupe Neu Beginnen) avant qu'ils ne soient déportés par la Gestapo. Elle rencontre aussi les importants dirigeants sociaux-démocrates allemands Rudolph Breitscheid et Rudolph Hilferding qui, s'estimant intouchables par Vichy (du fait des charges importantes qu'ils avaient occupées dans le passé : Hilferding était un économiste réputé et Breitscheid l'ancien président du groupe social-démocrate au Reichstag) refusèrent de fuir clandestinement. Placés en résidence surveillée à Arles, ils seront finalement livrés à l'Allemagne. On retrouvera Hilferding pendu par la cravate dans une cellule de la prison de la Santé et, 3 ans et demi après son extradition, les Allemands annonceront que Breitscheid avait été tué lors d'un bombardement américain du camp de Buchenwald. Néanmoins, malgré la dureté des temps, « nous prenions le temps de rire et de nous amuser », ceci avec son amie américaine Miriam Davenport. C'est ainsi qu'elle noue une relation amoureuse avec un jeune aventurier, qui se révéla être un authentique gangster, déserteur de la Légion Etrangère. Elles le surnommèrent « Killer », car il massacrait la langue anglaise…mais pas seulement ! Cela ne l'empêcha pas de continuer à aider Fry, dont l'action est de plus en plus importante et difficile, l'ambassadeur américain à Vichy voyant d'unmauvais oeil l'activité de son compatriote. C'est elle qui loue la villa Air-Bel (le Château), vaste bâtisse de 18 pièces, qui accueille André Breton, son épouse et leur fille, Victor Serge et son fils Vladi. Elle évoque brièvement le Croque-Fruit, cette coopérative montée par Vladi et ses amis, qui fabriquera et commercialisera des friandises à base de dattes et de pâte d'amande (voir in Dissidences 1ère série n°12-13, octobre 2002, l'article de Céline Malaisé, p.77 et sq.), mais surtout elle raconte les soirées organisées par A. Breton, les jeux surréalistes. « Pour moi, écrit-elle, ces mois que je passai au Château ont compté parmi les plus importants de ma vie…Cette expérience a déclenché mon éveil intellectuel ». « Vivre sous le même toit que Breton était source de découverte perpétuelle ». Elle rend hommage aussi à Vladi qui lui donne des cours de marxisme ! Mais son ami Killer n'aime pas beaucoup ces intellectuels. Il lui reproche de les aider financièrement : « ces deux parties de ma vie, le Comité et Killer, allaient me tirer à hue et à dia ». La venue de Killer à Air-Bel mettant en danger les réfugiés, V. Fry lui demanda de quitter la villa à la mi-mai 41. V. Fry sera lui-même arrêté en août et expulsé, avec l'agrément des autorités américaines, le PCF qui l'accusait de trotskysme n'étant pas mécontent de cette issue. Mais pendant à peu près un an de présence à Marseille, Fry et ses amis auront aidé ou sauvé des centaines de réfugiés – 1.000 pense-t-on – que la victoire allemande de juin 40 avait placé dans une nasse. C'est dans cette France du Sud qu'elle affectionnait que Mary Jayne est morte, le 5 octobre 1997 à 88 ans, à Gassin – Côte d'Azur – dans sa villa baptisée Air-Bel.

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Caption Mary Jayne GOLD, Marseille année 40
URL http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/docannexe/image/106/img-1.jpg
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References

Electronic reference

Jean-Paul Salles, « Mary Jayne Gold, Marseille année 40, Paris, Éditions Phébus, 2006, 473 p. (Libretto). », Dissidences [Online], 1 | 2011, Online since 02 April 2011, connection on 28 May 2022. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/dissidences/index.php?id=106

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