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Recensions

Olivier Serra (dir.), Les politiques commerciales vinicoles d’hier à aujourd’hui, Bordeaux, Féret, 2016, 176 p.

Stéphane Le Bras

Texte intégral

1Spécialiste d’histoire du droit viticole, Olivier Serra propose dans cet ouvrage une mise en perspective particulièrement bienvenue des politiques commerciales viticoles à l’époque contemporaine. Inscrites dans des logiques toujours complexes, parfois aux intérêts divergents, elles permettent ici de mettre en lumière la place et le rôle de la commercialisation des vins dans l’élaboration des armatures législatives nationales et transnationales. Ainsi, autour de neuf contributions rassemblant des chercheurs en droit, en histoire, en sciences économiques ainsi que des professionnels de la filière, ce recueil vise à mesurer, à travers une grille de lecture comparatiste et connectée, les différentes manières dont s’élaborent les politiques commerciales viticoles en France, mais également dans le monde. In fine, l’ouvrage assure, comme l’indique son habile introduction, une meilleure compréhension des enjeux qui régissent les discussions internationales actuelles autour de notions aux définitions fluctuantes selon les pays (« qualité », « protection », « origine » ou « marque »).

2Schématiquement, les contributions s’articulent autour de deux orientations principales. La première consiste dans une analyse globale de grandes thématiques (le droit de la propriété intellectuelle ; les politiques tarifaires ; les appellations ; l’exportation). On y lit les difficultés à s’entendre sur les mots d’un pays à l’autre, en grande partie en raison de cadres juridiques, culturels, mais également politiques différents. On y mesure surtout tous les obstacles rencontrés à l’international pour s'accorder sur une politique commune ou, a minima, envisager des accords équilibrés, tant aujourd’hui qu’hier. La seconde orientation réside dans l’illustration de ces difficultés sur le temps long à travers des études de cas précises (Chine, Beaujolais, États-Unis, Bourgogne). On retrouve ici toutes les spécificités (à la fois productives, commerciales, syndicales, etc.) qui expliquent, voire justifient a posteriori, les obstacles aux accords de branche, qu’ils soient nationaux ou surtout internationaux. Ainsi, si l’une des richesses de la filière provient de son extraordinaire diversité, celle-ci s’avère assez logiquement un frein à toute politique – même nationale – unitariste.

3Ce volume, publié dans la remarquable collection « Histoire et actualité du droit viticole », s’avère donc un outil fondamental pour comprendre la profondeur et l’intensité des négociations internationales qui ont cours ces dernières années en matière vitivinicole. On y saisit leur complexité, née principalement de divergences portant sur la définition même de certaines problématiques fondamentales dans la filière (notamment le couple qualité et délimitation territoriale, avec tous les enjeux qu’ils recoupent). On pourra regretter l’absence des vins languedociens dont la dynamique depuis 130 ans est particulièrement symptomatique des difficultés – mais aussi de quelques réussites ponctuelles (notamment les vins d’imitation) – pour certaines productions à s’inscrire dans une perspective internationale. Manquent tout autant les vins bordelais qui surent, autour d’une alliance entre producteurs et négociants, créer une véritable marque à l’international dès l’Entre-deux-guerres. On pourra également ne pas être d’accord avec certaines analyses, et plus particulièrement celles concernant la période couvrant la naissance de la CEE jusqu’à la mise en œuvre de l’Europe viticole à l’orée des années 1970. Les discussions y furent tendues et incertaines, et encore aujourd’hui, il est délicat de dire avec certitude que le modèle européen serait la transposition du droit français. Et quand bien même, les débats au sein des instances syndicales dans ces décennies-là indiquent bel et bien que ce n’est pas forcément une bonne chose pour la filière française, en témoigne, faut-il le rappeler, les évènements dans le Midi en 1976.

4Au-delà de ces quelques remarques, il n’en demeure pas moins que la qualité de l’ouvrage, tout comme son apport, sont certains. On y retrouve, voire y découvre, à travers des cas particuliers ou au contraire des analyses plus globales, tout l’enchevêtrement des enjeux et des intérêts qui sous-tendent la filière, depuis l’individu, soucieux de l’écoulement de sa production, jusqu’aux organismes transnationaux, garants des équilibres fiscaux et économiques de leur union commerciale. À ce titre, tant les chercheurs que les curieux pourront trouver dans ce livre les outils permettant de mieux comprendre comment s’est et se construit le droit viticole à l’époque contemporaine et, partant, saisir l’ensemble des problématique qui le façonnent.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Stéphane Le Bras, « Olivier Serra (dir.), Les politiques commerciales vinicoles d’hier à aujourd’hui, Bordeaux, Féret, 2016, 176 p. », Crescentis : Revue internationale d'histoire de la vigne et du vin [En ligne], 1 | 2018, Recensions, mis en ligne le 01 octobre 2018, consulté le 15 décembre 2018. URL : http://preo.u-bourgogne.fr/crescentis/index.php?id=145

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